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1948 :  retour
 Le bilan Malétras "Ce samedi-là, au Cintra où il se rend chaque fin d'après-midi pour y prendre sa consommation à côté des bridgeurs habituels, Jules Malétras, riche commerçant retiré des affaires, charge un de ses voisins de table de prévenir sa femme qu'il ne rentrera pas dîner. Il va rejoindre sa jeune maîtresse Lulu, un fille très ordinaire pour laquelle il n'éprouve ni amour, ni passion, mais qu'il entretient, histoire de meubler un peu le désœuvrement de sa vie. Or, la soirée, qui a mal commencépar la faute de la jeune fille, se termine plus mal encore. Quand le couple a regagné le logis miteux de Lulu, celle-ci a refusé de se dévétir, et Malétras, l'ayant saisie à la gorge, l'a étranglée sans l'avoir cherché, tout bêtement. Au même moment est apparu Joseph, l'ami que la victime avait présenté comme son frère à Malétras, lequel n'était pas dupe. Très maître de lui, Joseph dissuade Malétras d'aller se livrer à la police : qu'il lui fasse seulement confiance, il arrangera tout. Et de fait, lorsque Malétras revoit Joseph, qu'il soupçonne à tort de vouloir faire du chantage, celui-ci a machiné tout un plan qui laissera croire au départ inopiné de Lulu dont il fera disparaître le corps plus tard. L'étrange garçon ne veut pas d'argent : c'est tout juste s'il consent à recevoir une aide financière que le pousse à accepter Malétras, conscient d'acheter l'impunité à bon compte. Dès lors, pour lui, les jours vont s'écouler sans que rien ne change apparemment dans son existence. Il s'étonne d'être un criminel qui n'a ni regret, ni crainte. L'idée lui vient parfois de se dénoncer pour qu'il arrive enfin quelque chose : que dirait-on si on savait ce qu'il a fait ? Mais il n'arrive rien. Sinon que Malétras continue à se montrer dur et méchant, à se savoir détesté. À son neveu Philippe qui lui demande la somme nécessaire pour voler au secours d'un ami malade et désespéré, il oppose d'abord uin refus inhumain. N'a-t-il pas eu, lui aussi, un fils décédé dont les papiers intimes ont révélé qu'il craignait de ressembler à son père ? et une fille avec laquelle l'ont brouillé de mesquines questions d'intérêt ? L'humiliation qu'il ressent devant l'éducation raffinée de sa seconde femme lui rappelle son passé sans éclat, son ascension laborieuse, et le tourne de plus en plus vers le souvenir d'une enfance rurale et pauvre, à Steenvoorde. C'est cette odeur d'enfance qui l'attire, peu après la mort de Lulu, vers les quartiers populaires du Havre où le caboulot de la vieille Maria lui offre, un jour, l'évasion d'une passade sordide avec une gamine de seize ans. Au retour de cette aventure, une crise d'angine de poitrine le saisit. Elle sera bientôt surmontée. Du moins l'aura-t-elle fait passer de son indifférence agressive à une molle docilité qui le ramène, sans conviction, vers l'Église qu'il avait délaissée depuis son jeune âge."
Maurice Piron, dans "L´univers de simenon", décrit Jules Malétras comme l'un des personnages les plus énigmatiques de Simenon. Dernier titre publié chez Gallimard, "Le bilan malétras" est un roman sans véritable intrigue dans lequel on suit le destin d'un homme, qu'un meurtre n'arrive même pas à infléchir. Acheter ce livre
 La jument perdue. "Il y a longtemps qu'Andy et John, deux amis d'enfance, ont quitté le Nord pour créer un ranch à Tucson. Arizona. La découverte d'un filon est à l'origine d'un drame: quelqu'un tenta d'assassiner John. Trente ans après, il reste convaincu de la culpabilité d'Andy, devenu le riche homme de la ville. Ironie du sort, Andy retrouve son ami, au moment où il perd sa fortune...
«Il doit en être ainsi au début des révolutions, quand personne ne sait encore au juste ce qui va arriver ; il ne se passe rien de particulier ; le passant non prévenu ne voit rien d'anormal et pourtant subit cette angoisse vague qui pèse sur la ville. Tout au plus, si l'on cherche des indices précis, aperçoit-on dans certaines rues des gens qu'on n'a pas l'habitude d'y rencontrer. Peut-être y a-t-il trop d'hommes inoccupés; qui devraient être à l'atelier ou au bureau, d'autres qui s'affairent à contretemps. Est-ce que les autos, dans les rues, circulent dans le même sens que d'habitud?e ? C'est aussi subtil; aussi difficile à préciser que, pour quelqu'un qui rentre chez soi, la sensation qu'on est venu en son absence et qu'on a dérangé certains objets, voire un seul, sans qu'il puisse déterminer lequel. Oui, c'est la même sorte d'inquiétude irritante qu'on devine dans la démarche des passants, dans leur regard, chacun étant sur le qui-vive, s'attendant à n'importe quoi, à une explosion formidable ou simplement à un fracas de vitres brisées, à des fusillades ou à des proclamations sur les murs et chacun finissant par souhaiter que ce "n'importe quoi" se produise vite, pour en finir avec l'attente.»"
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 Maigret et son mort (M) "Un matin de février, un inconnu téléphone à Maigret : suivi depuis la veille par des hommes qui se relaient, il est convaincu qu'on en veut à sa vie et demande à être protégé. Les appels se renouvellent sans que jamais l'inspecteur Janvier, dépêché par Maigret, parvienne à rejoindre dans la journée le petit homme au chapeau gris. Les appels ont cessé quand, au milieu de la nuit, le corps d'un homme déposé place de la Concorde est découvert tué d'un coup de couteau, le visage défiguré. Maigret se rend sur les lieux et ne quitte plus le mort, son mort, qu'il accompagnera jusqu'à l'Institut médico-légal. Certains détails font penser à Maigret que ce mort anonyme travaillait "dans la limonade". On apprend, d'autre part, qu'il a été transporté à la Concorde dans une Citroën jaune, laquelle a été aperçue, d'après un recoupement de témoin, en stationnement près du "Petit Albert", un bistrot à l'anglme du quai de Charenton. Quand Maigret s'y rend, il trouve les portes ouvertes et la maison vide. Il décide alors d'y installer un de ses inspecteurs, Chevrier, et sa femme Irma, qui feront office de tenanciers. Parmi les clients, un étranger à mine suspecte ne tarde pas à se présenter. Le commissaire le fait suivre et provoque ainsi une chasse à l'homme qui prendra fin lorsque l'individu est tué d'une balle au moment où il rejoint des comparses qu'on saura peu après être ses complices : ceux-ci, le voyant poursuivi par la police, ont préféré l'abattre. Grâce à l'identité de cet homme, un tchèque du nom de Poliensky, une raffle boucle tout son quartier. Elle fait découvrir, dans un hôtel miteux où logent des compatriotes de Poliensky, une jeune femme qui est sur le point d'accoucher et que Maigret fait transporter à l'hopital. On remontera ainsi la filière conduisant aux "tueurs de Picardie", une bande de tchèques qui s'attaquent à des fermes dont ils massacrent les habitants après les avoir dépouillés. Or, leur chef jouait aux courses. C'est aussi le cas du petit Albert Rochain, la victime, ainsi que le révèlera une enquête aux détours imprévus qui amènera la mise hors d'état de nuire du gang et l'explication du meurtre de Rochain : un ticket de chemin de fer à destination de Goderville tombé de la poche du chef de la bande, Jean Bronsky, sur le champ de course de Voncennes et ramassé par le petit Albert sous les yeux du tchèque (Goderville évoque l'une des plus récente et plus sinistre hécatombes des tueurs)... Ne fallait-il pas supprimer le gêneur dont le visage venait de trahir l'émotion ?"
 Les vacances de Maigret (M) "La rue était étroite, comme toutes les rues du vieux quartier des Sables d'Olonne, avec des pavés inégaux, des trottoirs dont il fallait descendre chaque fois qu'o croisait un passant. La porte du coin était une magnifique porte à deux battants, d'un vert profond, sompteux, aux reflets parfaits, aux deux marteaux de cuivre bien astiqués, comme? on n'en voit que chez les avoués de province ou dans les couvents.
Les vacances de Maigret sont rares et ne durent guère. À peine arrivé aux Sables d'Olonne avec sa femme, on le presse d'enquêter sur le décès suspect d'une jeune accidentée de la route tombée de la voiture de son beau-frère le docteur Bellamy, bientôt suivi de l'assassinat d'une gamine de quatorze ans et de la disparition de son frère aîné. Et Maigret d'oublier ses vacances. Entre deux visites à l'hôpital, il va percer à jour une de ces passions morbides qui peuvent naître au sein d'une vie en apparence calme et équilibrée."
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 La neige était sale : Un des meilleurs romans criminels où n'apparaît pas Maigret. Ce roman qui se passe sous l'occupation ne dit pas de quelle occupation il s'agit, ni de quel pays."
«Un des plus puissants et des plus douloureux romans de Simenon, une de ses plus lucides études psychologiques». (Doringe, Prière d´insérer, 1948)
«On aimerait que Simenon n´ait publié ces derniers temps que la neige était sale. Tout le monde, alors, prendrait ce livre pour ce qu´il est : un des plus beaux romans que l´abandon moral de la jeunesse ait inspiré (...) ». (Jean Blanzat, le Figaro littéraire, 1948)
«Parce qu'il est intelligent, par certains côtés, il me fait penser à Edgard Poe.» (Dashiel Hammet, Los Angeles times, 7 janvier 1950)
« Rarement Simenon aura écrit quelque chose d'aussi sordide et d'aussi noir. » (Pierre Assouline, sans mention d´origine)
Ce roman a paru, la même année, en édition pré-originale dans la Presse, sous le titre "Monsieur Holst".

Pedigree "Condamné à tort par son médecin, le Simenon quadragénaire évoque son enfance, en brodant à peine. C'est Liège au début du siècle, un quartier, un univers petit bourgeois, une mère tendue jusqu'à l'hystérie, un père serein jusqu'à l'apathie, les humiliations de l'argent difficile et l'ennui des collèges, l'éveil précoce d'une sensualité inouïe. Liège libérée et ses infamies..."
«Il ne se retourne pas, ne s'arrête pas aux étalages. Il marche, en fumant sa cigarette, le regard droit devant lui, il marche comme si une musique l'accompagnait. Son itinéraire ne varie pas. Il arrive toujours à la même heure; à une minute près, devant les horloges pneumatiques et au même endroit, exactement, il allume sa seconde cigarette.»
«L'ambiance du cinéma, l'obscurité traversée d'un pinceau de lumière blanche, les images qui sautent sur la toile, les ritournelles du piano, la foule invisible et chaude qu'on sent autour de soi lui donnent toujours une sorte de fièvre. Tous ses désirs, ses orgueils s'exacerbent, se multiplient par dix ou par cent, il voudrait tout vivre à la fois, et cet appétit immense se concrétise finalement par des regards furtifs et anxieux vers les loges. Il sait ce qui s'y passe, des camarades du collège le lui ont raconté ; il suffit d'ailleurs de les contourner comme en cherchant une place pour entrevoir des couples curieusement contorsionnés, deviner des jupes haut troussées, des mains qui s'égarent. Il jurerait qu'il se dégage de ces loges aux étreintes furtives une odeur spéciale qui lui rappelle celle du Carré à certaines heures du soir.»
"Roman autobiographique plus que récit personnel, Pedigree met en scène l'enfance de Roger Mamelin autour duquel se déploie un univers familial vivant et mouvementé. Le 13 février 1903 naît à Liège Roger Mamelin, fils de Désiré, employé d'assurances, et d'Élise Peeters, sans profession. Autour de l'enfant, des oncles et des tantes, des cousins, puis plus tard les pensionnaires auxquels sa mère loue des chambres : tout un monde de personnages avec ses bonheurs et ses malheurs, ses petitesses, ses folies, comme celle de l'oncle Léopold, protecteur de l'anarchiste Marette, coupable d'un attentat... Puis viennent la guerre, les premiers émois sexuels, la révolte aussi, lorsque le jeune garçon prend conscience de sa pauvreté, en même temps que de la médiocrité du monde qui l'environne. Pris entre l'enfance et la vie adulte, entre bonheur et malheur, le jeune garçon affronte les épreuves d'une vie qui se veut difficile et exigeante. Il s'arrêtera in extremis sur le chemin de la délinquance et du vice, bien tentant pour un adolescent déboussolé, résolu à se construire, ailleurs, une autre existence."
Inoubliable tableau d'un Liège de brouillard et de neige, Pedigree est assurément une des œuvres les plus fortes de Georges Simenon, où l'écrivain a livré, à travers un inventaire sans concession de son enfance, les clefs essentielles de son univers romanesque. Pedigree est un livre exceptionnel : il a été écrit dans la crainte de la mort par un homme qui a voulu tout dire de ses origines familiales, wallonne ou flamande, décrivant la qualité lumineuse de l'air qui franchissait la Meuse et venait embuer les vitres de son enfance, répercutant les pas calculés d'Elise, sa mère, sur le parquet de leur cuisine froide, rappelant le repas frugal que prenait son père dans les bureaux de la compagnie d'assurances qu'il ne quittera jamais. Roman-fleuve, roman-fresque, qui fait remonter à la surface tous les interdits de l'enfance. Pedigree nous rappelle qu'il n'y a pas si longtemps les familles étaient au centre de nos vies. Un texte-témoin, une fresque où sont condensées les composantes sensibles qui sont à l'origine des différents climats et de la fameuse atmosphère des récits de Simenon..
Après la publication de cet ouvrage, Simenon fut poursuivi par un de ses anciens condisciples et par le docteur Marcel Chaumont, oculiste à Verviers, qui se sont reconnus parmi les personnages de Pedigree. Ce dernier a été l'un des étudiants locataires d'Élise Peters (dans la réalité : Henriette Brüll, la mère de Simenon). Au terme du procès de Verviers, le 16 juin 1952, Simenon fut condamné à 6000 francs belges de dommages et intérêts. C´est la raison pour laquelle l´édition de 1952 comportera des passages en blanc. L´édition de 1958 sera augmentée d´une préface de l´auteur et remaniée. Le plaignant, fils de négociants en draps pour ecclésiastiques dans l'édition originale, réapparaîtra sous l'avatar de M. Bernard, fils d'épiciers à Verviers. Dans Pedigree, œuvre matricielle de Simenon, sont condensées les composantes sensibles qui sont à l'origine de la fameuse atmosphère de l'auteur. Pedigree est-il un roman autobiographique ou une autobiographie romancée ? On prête à Simenon ce propos : «Dans je me souviens... tout est vrai et tout est exact ; dans Pedigree, tout est vrai, mais rien n'est exact.» Acheter ce livre

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Dernière mise à jour de cette page le 20/03/2006.
 
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