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1957 :  retour
 Maigret s'amuse (M) "Maigret s'est juré cette fois, pour des raisons de santé, de prendre de vraies vacances. Il donne à la P.J. son adresse aux Sables-d'Olonne, mais reste à Paris où il compte flaner à son aise en compagnie de Mme Maigret. Il apprend incidemment, en lisant les journeaux, que l'on a découvert Boulevard Haussmann, dans un placard du laboratoire du Docteur Jave, le corps dénudé de son épouse Éveline. Une injection de digitaline, qui aurait été inoffensive pour certains, a provoqué la mort d'Éveline, atteinte d'une maladie cardiaque. L'affaire est d'autant plus curieuse qu'Éveline était censée se trouver en vacances sur la Côte d'Azur en compagnie de son mari qui s'est fait remplacer à Paris. Petit à petit, Maigret est passionné par l'enquête que mène en son absence l'inspecteur Janvier et dont il ne prendra connaissance que par la lecture des journaux, tout en poursuivant ses promenades dans Paris avec son épouse. Malgré son envie, il s'interdira de se montrer au quai des Orfèvres, se contentant d'envoyer de temps en temps à Janvier des billets anonymes susceptibles de l'orienter vers telle ou telle direction. La concierge, la bonne et le docteur Négrel, confrère de Jave, affirment ne pas avoir vu Éveline Jave le samedi où, revenue secrètement à Paris, elle a été tuée. On apprend que son mari est lui aussi venu à Paris ce jour-là par un autre avion. Il déclarera être resté chez sa maîtresse (la fille de sa bonne) tout le temps de son séjour, croyant sa femme chez une amie à Saint Tropez. Le comportement d'Éveline est au centre de l'intrigue : ayant découvert l'importance de sa maladie à l'âge de treize ans, elle avait voulu profiter de la vie au maximum et compromis ainsi des hommes mariés dans sa ville natale. Aussi son père avait-il été heureux de s'en débarrasser en la mariant à un médecin parisien, étranger à toutes ces rumeurs. Plus tard, le docteur Négrel en avait fait sa maîtresse. Frustrée, et par son amant et par son mari, elle accumulait les bijoux de valeur et avait fini par endetter Jave. Le jour de sa mort, Éveline était venue rejoindre Négrel pendant ses consultations : elle voulait l'empécher d'épouser Martine Chapuis, sa fiancée. Enneyé, Négrel avait repoussé ses avances et quitté plus tôt que prévu le cabinet médical. Jave était alors survenu, avait tué sa femme et l'avait déshabillée afin de faire peser les soupçons sur son confrère. Ainsi l'inspecteur Janvier, aidé par quelques coups de pouce anonymes de Maigret, peut mener à bon terme sa première enquête."
 Le fils "Un des personnages de ce roman exerce la profession de préfet et j'ai fatalement dû le mettre à la tête d'une préfecture. J'ai choisi celle de La Rochelle. Il est évident que mon préfet n'a rien de commun avec le fonctionnaire qui occupait ce poste en 1928, date à laquelle se place une partie de mon récit, et dont j'ignore le nom. Bien entendu, les autres personnages sont fictifs, eux aussi". (Georges Simenon)
"Peu après la mort de son père, Alain Lefrançois décide de se raconter par lettre à son fils, Jean Paul, au moment où il va devenir un homme. Il lui parle de la vie de ses grands-parents, gens de la haute bourgeoisie, de son métier, qui le satisfait, et de sa vie conjugale, qui n'est qu'une demi-réussite. Au rappel de récentes disputes familiales relative à la succession, il remonte à la période de ses études de droit à Poitiers, de sa mobilisation, de son mariage. Il évoque ses réaction lorsqu'il apprit qu'il alait être père. Enfin, Lefrançois en arrive, "malgré sa répugnance", à parler de son adolescence et de sa jeunesse. Celle-ci est lourde d'un secret. Étant fils de préfet, le jeune homme qu'il était alors s'estimait différent des autres parce que les parents de ses amis dépendaient de son père. Par besoin de changement, il se lie avec Nicolas, l'un des jeunes les plus défavorisés de la société, et il lui arrive d'aller voir les filles, ce dont "il se lave" en en faisant l'aveu à son père. Peu de temps après, Nicolas, transformé du fait qu'il a une véritable maîtresse, vient lui offrir l'amie de celle-ci. Alain ne tarde pas à en tomber amoureux et obtient la complicité de son père pour faciliter sa liaison. Il rend la jeune fille enceinte. À l'aide d'une sonde vaginale prêtée par son ami Nicolas, qui est étudiant en médecine, il tente de la faire avorter, mais c'est l'accident : la jeune fille meurt dans ses bras. Il cache d'abord le corps, puis avoue le drame à son père qu'il presse d'appeler le commissaire de police. Le père refuse, et malgré les protestations de son gendre, il s'accuse à la place d'Alain. qu'a-t-il à perdre, lui qui est presque déjà un homme fini ? Ce sacrifice lui vaudra cinq ans de prison (ramenés à une peine effective de trois ans), mais le père a ainsi sauvé l'avenir de son fils. C'est sur cet exemple d'abnégation totale qu'Alain Lefrançois achève sa confession. Peut-être Jean Paul ne la lira-t-il que beaucoup plus tard ? Qu'importe ! C'est en toute sérénité qu'est formulé l'ultime : Bonsoir, fils."

 Le nègre "Il n'y avit personne dans la salle, que Léon traversa pour se diriger vers la cuisine.
- T'es là toi aussi, Théo... Faudrait que quelqu'un téléphone à la gendarmerie... Je viens de trouver un macchabée dans mon champ, le long de la voie...
Il se tourna vers Léone :
- Donne-moi un petit verre, toi. C'était pas beau à voir...
Léon, qui était roux, gardait maintenant le silence, tendais la main vers le verre en fil-en-six qu'il vida d'un trait.
- C'est mon chien qui l'a découvert. Je le voyais en arrêt, au bout du champ, le poil hérissé...
Encore un silence, Théo et Gédéon, immobiles, le regardaient.
- Je ne sais pas si c'est parce que c'était un mort, ou parce que c'était un nègre..."

 Maigret voyage (M) "Les affaires les plus empoisonnantes sont celles qui ont l'air si banales au début qu'on ne leur attache pas d'importance. C'est un peu comme ces maladies qui commencent d'une façon sourde, par de vagues malaises. Quand on les prend enfin au sérieux, il est souvent trop tard."
"À l'Hôtel Georges-V, le colonel Ward est trouvé noyé dans sa salle de bains. Par ailleurs, la comtesse Paverini a voulu se suicider durant la nuit précédent la découverte du cadavre. Transportée à l'hopital, elle l'a quitté, le matin même pour Nice, où elle a rejoint son ex-mari, Van Meulen, homme d'affaire connu et ami de Ward. Lorsque Maigret arrive à Nice, elle est repartie pour Lausanne sur les conseils de Van Meulen. Maigret qui, à Paris, c'était renseigné sur les relations de Ward et de la comtesse Paverini par l'intermédiaire de John T. Arnold, secrétaire du colonel, complète son information grâce à Van Meulen lui-même. Le premier mari de la comtesse, le comte Paverini, était, tout comme la comtesse, à court de ressources. Aussi se sont-ils séparés malgré leur passion l'un pour l'autre. Pourtant, ils continuent de se voir et renouent quelquefois leurs relations. La comtesse, la veille du drame, a apreçu le comte au bras d'une riche mondaine. De dépit, elle a voulu rompre avec le colonel, alors que celui-ci, en instance de divorce avec sa troisième femme, comptait la réépouser bientôt. Elle a regretté songeste, a voulu se réconcilier avec Ward et l'a trouvé mort dans son appartement. Prise de panique, elle a tenté de se suicider. À Lausanne, Maigret découvre la comtesse désemparée, mais protestant de son innocence. Puis, revenu à Paris, rôdant dans l'hôtel Georges-V et dans ses alentours durant une bonne partie de la nuit, il tente de trouver un mobile valable au meurtre, en s'appuyant sur les indications de Van Meulen et sur ce qu'il connaît de la vie mondaine. Il en déduit que la crainte d'abandonner une existence dorée pour se trouver aux prises avec une réalité où l'on est incapable de se sortir d'affaire, pourrait bien être une motivation suffisante... La troisième épouse de Ward, amie de son secrétaire, a pu pousser celui-ci au crime parce que le divorce allait la contraindre à abandonner son train de vie luxueux. Mais ce n'est là chez Maigret qu'une supposition. Pour en obtenir confirmation, il joue la comédie de la certitude : de fait, Arnold ne tarde pas à avouer qu'il est l'auteur du meurtre."

Ce roman a d'abord été publiée en feuilleton dans le Figaro en février et mars 1957 sous le nom de "Maigret au Georges V". On notera que le nom des Palmieri a été rebaptisé en Paverini.
À travers la peinture du cercle étroit formé par le monde de la haute finance, sur lequel il jette un regard dépourvu d'aménité, l'auteur s'efforce une fois de plus, par l'intermédiaire de Maigret, d'oublier les différences de surface qui existent entre les hommes, de gratter le vernis pour découvrir, sous les apparences diverses, l'homme tout nu.

1958 :  retour
Strip-tease Strip-tease "A trente-deux ans, Célita, strip-teaseuse au Monico, à Cannes, voit avec anxiété pâlir son étoile. Son seul espoir : succéder bientôt à Florence, sa patronne, gravement malade, dont elle s'est attaché le mari, Léon, d'une façon qu'elle croit sûre. Mais tout est compromis le jour où Maud, une débutante de dix-neuf ans, ravissante et faussement ingénue, franchit pour la première fois le seuil du Monico. La clientèle s'enthousiasme, et Léon en fait bientôt la vedette du spectacle... Comment une rivalité à la fois professionnelle et amoureuse va se muer en un combat désespéré, où même le crime est envisageable pour conjurer la déchéance : c'est ce que nous conte, avec une saisissante vérité psychologique et une apparente impassibilité qui ne fait que souligner le drame, le romancier de "Lettre à mon juge", le créateur de Maigret."
La vie d´une boîte de nuit vue du côté de celles et ceux qui y travaillent et qui la considèrent comme le contraire d´un lieu de plaisir. «Si j´ai choisi ce titre, et ce thème, ce n´est pas du tout pour «raccrocher» le public mais parce que, voulant étudier les rapports des femmes entre elles, j´ai pensé que je n´avais trouvé nulle part un scénario aussi «saignant», si je puis dire, dans les coulisses des cabarets.» (Georges Simenon, Paris-presse, 19 juin 1957) Acheter ce livre
 Les scrupules de Maigret (M) "Maigret reçoit successivement la visite de Xavier Marton, un personnage falot et timoré qui accuse sa femme de vouloir l'empoisonner, et celle de Gisèle Marton qui a suivi son mari jusqu'au quai des Orfèvres. Cette dernière est une créature froide et lucide. Son époux ne serait d'après elle qu'un neurasthénique. Une brève enquête apprend à Maigret que Xavier Marton est amoureux de sa belle-sœur, la douce et affectueuse Jenny, tandis que sa femme le trompe avec Maurice Schwob, à qui elle est associée. Au cours d'une nouvelle entrevue au quai des Orfèvres, Xavier Marton décrit sa femme comme une ambitieuse qu'il le tient pour un "pis-aller" et méprise le métier qu'il exerce. Il annonce son intention de la tuer si jamais il ressent les symptômes d'une intoxication. Il meurt la nuit suivante, empoisonné, sans avoir pu mettre ses menaces à exécution. Malgré ses présomptions, Maigret est rapidement convaincu de l'innocence de Gisèle Marton. Il apprend aussi que celle-ci, méfiante, a procédé dans la soirée à un échange de tasses quio ne l'a du reste pas empêché d'être elle-même légèrement intoxiquée. Peu après, Jenny avouera : elle a empoisonné la tisane de sa sœur par amour pour son beau-frère, et Maigret devinera que ce dernier avait, de son côté, mis une légère dose de poison dans sa propre tisane de façon à avoir un prétexte pour tuer sa femme en une sorte de légitime vengeance."
Dans "L'univers de Simenon", Maurice Piron souligne que «la principale caractéristique de cette enquête consiste dans le fait que le crime n'a lieu qu'à la fin du sixième chapitre (sur huit). Il ne s'agit donc pas de reconstituer un meurtre déjà commis, mais de prévoir le comportement des personnages arrivés à un niveau de crise ou de tension tel que leur cas relève davantage de la psychiatrie que de l'investigation policière. C'est la raison pour laquelle Maigret se renseigne sur les névroses, psychoses et autres psychonévroses en parcourant des traités de psychologie et de psychanalyse qui ne lui apprendront que peu de choses, sinon que chacun est un peu anormal à sa façon.»
Le président Le président "Augustin, ancien Président du Conseil, vit désormais retiré dans sa propriété normande, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix. Chalamont - il le sait, il en détient l'aveu signé - n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'État pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme... Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement. Une œuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités. Curieux portrait inspiré de Clémenceau et qui témoigne, telle une chronique politique, du climat gouvernemental entre les deux guerres, avec l'intuition de la part du héros du Marché Commun Européen et présomptions sur les ministères successifs et éphémères." Acheter ce livre

 Le passage de la ligne.
 Dimanche À l'âge de 25 ans, Émile, fils d'un hôtelier de Champagne, près de Luçon, est allé aider des amis de sa famille, les Harnaud, qui ont repris une petite auberge sur la Côte d'Azur. L'affaire ne marche pas très bien, M. Harnaud meurt, et sa veuve, désireuse de retourner à Luçon, accueille plus que favorablement l'union de sa fille Berthe avec Émile. Celui-ci, intelligent et courageux, a fait de "La Bastide" sa chose personnelle, et qui prospère. Mme Harnaud, qui avait prévu ce mariage, ne manque pas d'en tirer profit sous forme d'une rente viagère garantie par une hypothèque : ainsi, le jeune couple aura définitivement désintéressé la belle-mère, laquelle se reserve quand même la faculté de venir passer chaque année un mois chez sa fille. Très attaché à "La Bastide", Émile ne tardera pas à s'apercevoir que c'est Berthe la vraie patronne, à qui rien n'échappe. Il s'en accomode tant bien que mal : sa camionnette, son "pointu" - un petit bateau qu'il a acheté -, les parties de boules, le marché Forville sont pour lui autant d'occasion d'échapper à une femme possessive, méfiante, sans charme et, de surcroît peu sympathique aux gens du pays. Après une brève passade avec une des pensionnaires de l'auberge, Émile se détache de sa femme. C'est alors que survient Ada, une jeune italienne de la région que Berthe a engagée comme bonne à tout faire. Ada est une sauvageonne très renfermée, qui passe pour sous-développée. Un jour pourtant, Émile la prend par surprise, sans qu'elle offre de résistance, et ce qui n'était d'abord qu'un événement fortuit devient une habitude qui se renouvelle régulièrement dans le cabanon qu'Émile s'est réservé pour faire la sieste. Berthe finit par les surprendre, exige qu'Ada soit congédiée sur-le-champ, mais se heurte à un refus énergique de son mari. Les deux époux conviennet alors de conserver par intérêt les apparences d'une vie commune. Mais la rupture, encore aiguisée par la rancœur de Berthe, a éveillé chez Émile l'idée de se libérer entierèrement de celle qui est devenue une ennemie et qui l'empêche de refaire sa vie avec Ada dont il ne peut plus se passer. "Je la tuerai..." Une intoxication causée par du cassoulet en conserve que Berthe a mangé un dimache d'affluence fait entrevoir à Émile la solution qu'il cherchait. Le docteur Chouard, qui a soigné Berthe, n'a-t-il pas révélé qu'avec le foie qu'elle a fort sensible, elle est sujette à un empoisonnement qui pourrait lui être fatal ? La saison terminée, Émile se documente dans des ouvrages de toxicologie et de médecine légale, se livre à des expériences et dose la poudre d'arsenic qui sera mêlée au risotto de Berthe. Comment cette dernière pourrait-elle se douter ? Les préparatifs minutieux, secrets, ont duré près de onze mois. Enfin, le jour propice arrive. C'est un dimanche de mai. Le scénario se déroule comme prévu. La clientèle est nombreuse, le personnel, affairé. Le repas de Berthe est servi, à sa place habituelle. Un regard calme et dur qu'elle lance à Émile lui fait comprendre qu'il aperdu la partie : assise en face d'elle, humble et docile, Ada mange le risotto..."

1959 :  retour
 La femme en France (essai et album photographique).
 Maigret et les témoins récalcitrants (M) "Un homme avait été tué par balles en pleine poitrine, quai de la Gare, à Ivry. Lachaume, de la Biscuiterie Lachaume, maison fondée en 1871. Maigret était attendu chez le juge d'instruction. Il se comparait à un boxeur qui va en moins d'une heure, peut-être en quelques minutes, jouer sa réputation, sa carrière, provoquer les huées ou les acclamations. Léonard Lachaume, directeur d'une biscuiterie vétuste et peu rentable, a été assassiné dans sa chambre de l'immeuble familial d'Ivry pendant la nuit du 2 au 3 novembre. Appellé sur les lieux, Maigret éprouve une impression d'irréalité dans cette maison où tout est en dehors du temps et de la vie : personne ne se préoccupe du cadavre, le commissaire est accueilli froidement par Armand, frère de la victime, la famille se tait et reste sur la défensive. Les premiers indices découverts font croire que le vol est le mobile du crime, mais Maigret a tôt fait d'écarter cette hypothèse : qu'aurait-on pu voler à un homme pratiquement ruiné ? Une enquête menée auprès du comptable, des voisins et de Véronique, qui a rompu depuis plusieurs années tout lien avec sa famille, apprend à Maigret que l'entreprise se maintient uniquement grâce à la fortune considérable de l'épouse d'Armand, Paulette ; que cette dernière, mariée sous le régime de la séparation des biens, projetait de divorcer pour épouser Jacques Sainval, publiciste ayant flairé la bonne affaire ; que Léonard était très attaché à la continuité de la "dynastie" Lachaume". D'autre part, l'inventaire de la chambre de Léonard fait apparaître des objets qui n'y ont pas leur place : une clé anglaise et des draps de lit réservés à l'usage exclusif de Paulette. Disposant de ces informations, Maigret interroge Paulette qui s'est tue jusqu'à présent pour éviter d'accabler une famille méritant plus de pitié que de haine. Voyant que Maigret a tout deviné, elle ne tarde pas à avouer : Léonard, averti des projets de sa belle-sœur et conscient de leur répercussion sur l'avenir de la biscuiterie, a simulé un vol, pénétré dans la chambre de Paulette et tenté de l'assassiner à l'aide de la clé anglaise. Paulette, qui se tenait sur ses gardes depuis un certain temps, a été plus prompte et a tué Léonard avec le revolver que Sainval lui avait procuré. Toute la famille était au courrant des intentions de Léonard et les avait approuvées. Après le meurtre, chacun s'est efforcé de faire disparaître toute trace du drame : en tirant parti des faux indices préparés par Léonard, on ferait croire au geste désespéré d'un cambrioleur surpris... Mis au courant des aveux de sa femme, Armand se suicidera. Cet épilogue n'aurait-il pas pu être évité si le juge Angelot avait laissé Maigret mener l'enquête à sa guise ?"
 Le roman de l'homme (essai)  : Conférence prononcée à Bruxelles le 3 octobre 1958 dans laquelle Simenon expose sa conception du roman.
 Une confidence de Maigret (M) "Amené à interroger Adrien Josset, soupçonné du meurtre de sa femme Christine, Maigret est frappé par l'extrême souci d'exactitude dont témoigne le suspect. Pharmacien de condition modeste et faible de caractère, Josset est arrivé, grâce à la fortune de son épouse, à occuper un poste directorial important. Depuis quelques années, l'amour passionné que se vouaient les deux époux n'est plus qu'une certaine complicité. Josset a d'ailleurs une maîtresse : sa secrétaire, la jeune Annette Duché. Le soir du crime, les deux amants ont été surpris par le père d'Annette, venu de Fontenay-le-Comte. Par lâcheté, Josset a promis au père d'épouser Annette. Troublé par cet engagement, il a trainé de bar en bar avant de rentrer chez lui où il a trouvé, dit-il, sa femme assassinée. Certain d'être accusé du meurtre, il a pris peur et a attendu quelques heures avant d'avertir la police. Quoique tout plaide logiquement contre Josset, Maigret ne peut se faire une opinion au terme de l'interrogatoire, mais il a tendance à croire Josset innocent. La presse à sensation s'empare de l'affaire et dresse l'opinion publique contre Josset. L'annonce du suicide du père d'Annette, "honnête homme déshonoré", et de l'avortement subi par Annette quelques mois auparavant ne fait qu'accroître le climat de haine dont le suspect est entouré. Les lettres anonymes se multiplient, tandis que Lenain, "avocat des causes désespérées", spécialisé dans les procès retentissants, tente de prouver que d'autres individus sont susceptibles d'avoir tué Christine, par exemple ses "protégés", c'est à dire les jeunes gens dont elle s'entourait et qu'elle entretenait par besoin de domination. Parmi ces dernier, Maigret recherche en vain un certain Popaul. Josset est jugé. Sa culpabilité paraît évidente, de sorte que l'affaire est réglée rapidement. Maigret assiste impuissant au procès et entend prononcer la peine de mort. Deux ans plus tard, un mauvais garçon qui s'occupe de traite des blanches apprend au commissaire qu'au Vénézuéla, un soir d'ivresse, un dénommé Popaul s'est venté d'avoir assassiné Christine Josset. Mais tout cela est bien vague. D'ailleurs, Popaul existe-t-il vraiment ?"
 La vieille : «"La vieille" nous montre le Tout-Paris. Simenon a généralement une façon simpliste de décrire le grand monde : cigarettes à bout doré, tapis de haute laine, tableaux modernes, puissantes voitures, journalistes qui vous reconnaissent dans les brasseries, Champagne dont on ne nous dit pas la marque : c´est la grande vie. Cette fois-ci le milieu est beaucoup mieux indiqué.» (Roger Nimier, Arts, 1960)
 Le veuf : «Dans "Le veuf", il ne se passe rien. Le héros perd sa femme dès les premières pages, s´affole, puis s´accoutume à cette idée. (...) Pourquoi Jeanne s´est-elle tuée ? Probablement pour ne pas ennuyer son mari. C´est plein de tact. (...) Qui s´étonnerait de la banalité des romans de Simenon aurait tort, Simenon pose des problèmes sérieux. Il est possible qu´il ne donne pas toujours la solution la plus élégante de l´équation, mais il la résout. Il est dans le vrai du XXe siècle, sans excès même de réalisme.» (Roger Nimier, Arts, 1960)

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Dernière mise à jour de cette page le 10/12/2005.
 
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