| Georges Simenon Bibliographie
Page précédente
1921 1924 1925 1926 1927 1928 1929
1930 1931 1932 1933 1934 1935 1936 1937 1938 1939
1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949
1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959
1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969
1970 1971 1972 1974 1975 1976 1977 1978 1979
1980 1981 1989
1991 1993
1957 : retour
Maigret
s'amuse (M) "Maigret s'est juré cette fois, pour des raisons de
santé, de prendre de vraies vacances. Il donne à la P.J. son adresse
aux Sables-d'Olonne, mais reste à Paris où il compte flaner à
son aise en compagnie de Mme Maigret. Il apprend incidemment, en lisant les journeaux,
que l'on a découvert Boulevard Haussmann, dans un placard du laboratoire
du Docteur Jave, le corps dénudé de son épouse Éveline.
Une injection de digitaline, qui aurait été inoffensive pour certains,
a provoqué la mort d'Éveline, atteinte d'une maladie cardiaque.
L'affaire est d'autant plus curieuse qu'Éveline était censée
se trouver en vacances sur la Côte d'Azur en compagnie de son mari qui s'est
fait remplacer à Paris. Petit à petit, Maigret est passionné
par l'enquête que mène en son absence l'inspecteur Janvier et dont
il ne prendra connaissance que par la lecture des journaux, tout en poursuivant
ses promenades dans Paris avec son épouse. Malgré son envie, il
s'interdira de se montrer au quai des Orfèvres, se contentant d'envoyer
de temps en temps à Janvier des billets anonymes susceptibles de l'orienter
vers telle ou telle direction. La concierge, la bonne et le docteur Négrel,
confrère de Jave, affirment ne pas avoir vu Éveline Jave le samedi
où, revenue secrètement à Paris, elle a été
tuée. On apprend que son mari est lui aussi venu à Paris ce jour-là
par un autre avion. Il déclarera être resté chez sa maîtresse
(la fille de sa bonne) tout le temps de son séjour, croyant sa femme chez
une amie à Saint Tropez. Le comportement d'Éveline est au centre
de l'intrigue : ayant découvert l'importance de sa maladie à
l'âge de treize ans, elle avait voulu profiter de la vie au maximum et compromis
ainsi des hommes mariés dans sa ville natale. Aussi son père avait-il
été heureux de s'en débarrasser en la mariant à un
médecin parisien, étranger à toutes ces rumeurs. Plus tard,
le docteur Négrel en avait fait sa maîtresse. Frustrée, et
par son amant et par son mari, elle accumulait les bijoux de valeur et avait fini
par endetter Jave. Le jour de sa mort, Éveline était venue rejoindre
Négrel pendant ses consultations : elle voulait l'empécher
d'épouser Martine Chapuis, sa fiancée. Enneyé, Négrel
avait repoussé ses avances et quitté plus tôt que prévu
le cabinet médical. Jave était alors survenu, avait tué sa
femme et l'avait déshabillée afin de faire peser les soupçons
sur son confrère. Ainsi l'inspecteur Janvier, aidé par quelques
coups de pouce anonymes de Maigret, peut mener à bon terme sa première
enquête."
Le
fils "Un des personnages de ce roman exerce la profession de préfet
et j'ai fatalement dû le mettre à la tête d'une préfecture.
J'ai choisi celle de La Rochelle. Il est évident que mon préfet
n'a rien de commun avec le fonctionnaire qui occupait ce poste en 1928, date à
laquelle se place une partie de mon récit, et dont j'ignore le nom. Bien
entendu, les autres personnages sont fictifs, eux aussi". (Georges Simenon)
"Peu après la mort de son père, Alain Lefrançois décide
de se raconter par lettre à son fils, Jean Paul, au moment où il
va devenir un homme. Il lui parle de la vie de ses grands-parents, gens de la
haute bourgeoisie, de son métier, qui le satisfait, et de sa vie conjugale,
qui n'est qu'une demi-réussite. Au rappel de récentes disputes familiales
relative à la succession, il remonte à la période de ses
études de droit à Poitiers, de sa mobilisation, de son mariage.
Il évoque ses réaction lorsqu'il apprit qu'il alait être père.
Enfin, Lefrançois en arrive, "malgré sa répugnance",
à parler de son adolescence et de sa jeunesse. Celle-ci est lourde d'un
secret. Étant fils de préfet, le jeune homme qu'il était
alors s'estimait différent des autres parce que les parents de ses amis
dépendaient de son père. Par besoin de changement, il se lie avec
Nicolas, l'un des jeunes les plus défavorisés de la société,
et il lui arrive d'aller voir les filles, ce dont "il se lave" en en
faisant l'aveu à son père. Peu de temps après, Nicolas, transformé
du fait qu'il a une véritable maîtresse, vient lui offrir l'amie
de celle-ci. Alain ne tarde pas à en tomber amoureux et obtient la complicité
de son père pour faciliter sa liaison. Il rend la jeune fille enceinte.
À l'aide d'une sonde vaginale prêtée par son ami Nicolas,
qui est étudiant en médecine, il tente de la faire avorter, mais
c'est l'accident : la jeune fille meurt dans ses bras. Il cache d'abord le
corps, puis avoue le drame à son père qu'il presse d'appeler le
commissaire de police. Le père refuse, et malgré les protestations
de son gendre, il s'accuse à la place d'Alain. qu'a-t-il à perdre,
lui qui est presque déjà un homme fini ? Ce sacrifice lui vaudra
cinq ans de prison (ramenés à une peine effective de trois ans),
mais le père a ainsi sauvé l'avenir de son fils. C'est sur cet exemple
d'abnégation totale qu'Alain Lefrançois achève sa confession.
Peut-être Jean Paul ne la lira-t-il que beaucoup plus tard ? Qu'importe !
C'est en toute sérénité qu'est formulé l'ultime :
Bonsoir, fils."
Le
nègre "Il n'y avit personne dans la salle, que Léon traversa
pour se diriger vers la cuisine.
- T'es là toi aussi, Théo... Faudrait que quelqu'un téléphone
à la gendarmerie... Je viens de trouver un macchabée dans mon champ,
le long de la voie...
Il se tourna vers Léone :
- Donne-moi un petit verre, toi. C'était pas beau à voir...
Léon, qui était roux, gardait maintenant le silence, tendais la
main vers le verre en fil-en-six qu'il vida d'un trait.
- C'est mon chien qui l'a découvert. Je le voyais en arrêt,
au bout du champ, le poil hérissé...
Encore un silence, Théo et Gédéon, immobiles, le regardaient.
- Je ne sais pas si c'est parce que c'était un mort, ou parce que
c'était un nègre..."
Maigret
voyage (M) "Les affaires les plus empoisonnantes sont celles qui ont l'air
si banales au début qu'on ne leur attache pas d'importance. C'est un peu
comme ces maladies qui commencent d'une façon sourde, par de vagues malaises.
Quand on les prend enfin au sérieux, il est souvent trop tard."
"À l'Hôtel Georges-V, le colonel Ward est trouvé noyé
dans sa salle de bains. Par ailleurs, la comtesse Paverini a voulu se suicider
durant la nuit précédent la découverte du cadavre. Transportée
à l'hopital, elle l'a quitté, le matin même pour Nice, où
elle a rejoint son ex-mari, Van Meulen, homme d'affaire connu et ami de Ward.
Lorsque Maigret arrive à Nice, elle est repartie pour Lausanne sur les
conseils de Van Meulen. Maigret qui, à Paris, c'était renseigné
sur les relations de Ward et de la comtesse Paverini par l'intermédiaire
de John T. Arnold, secrétaire du colonel, complète son information
grâce à Van Meulen lui-même. Le premier mari de la comtesse,
le comte Paverini, était, tout comme la comtesse, à court de ressources.
Aussi se sont-ils séparés malgré leur passion l'un pour l'autre.
Pourtant, ils continuent de se voir et renouent quelquefois leurs relations. La
comtesse, la veille du drame, a apreçu le comte au bras d'une riche mondaine.
De dépit, elle a voulu rompre avec le colonel, alors que celui-ci, en instance
de divorce avec sa troisième femme, comptait la réépouser
bientôt. Elle a regretté songeste, a voulu se réconcilier
avec Ward et l'a trouvé mort dans son appartement. Prise de panique, elle
a tenté de se suicider. À Lausanne, Maigret découvre la comtesse
désemparée, mais protestant de son innocence. Puis, revenu à
Paris, rôdant dans l'hôtel Georges-V et dans ses alentours durant
une bonne partie de la nuit, il tente de trouver un mobile valable au meurtre,
en s'appuyant sur les indications de Van Meulen et sur ce qu'il connaît
de la vie mondaine. Il en déduit que la crainte d'abandonner une existence
dorée pour se trouver aux prises avec une réalité où
l'on est incapable de se sortir d'affaire, pourrait bien être une motivation
suffisante... La troisième épouse de Ward, amie de son secrétaire,
a pu pousser celui-ci au crime parce que le divorce allait la contraindre à
abandonner son train de vie luxueux. Mais ce n'est là chez Maigret qu'une
supposition. Pour en obtenir confirmation, il joue la comédie de la certitude :
de fait, Arnold ne tarde pas à avouer qu'il est l'auteur du meurtre."
Ce roman a d'abord été publiée en feuilleton dans le Figaro
en février et mars 1957 sous le nom de "Maigret au Georges V".
On notera que le nom des Palmieri a été rebaptisé en Paverini.
À travers la peinture du cercle étroit formé par le monde
de la haute finance, sur lequel il jette un regard dépourvu d'aménité,
l'auteur s'efforce une fois de plus, par l'intermédiaire de Maigret, d'oublier
les différences de surface qui existent entre les hommes, de gratter le
vernis pour découvrir, sous les apparences diverses, l'homme tout nu.
1958 : retour
 |
 |
Strip-tease "A trente-deux ans, Célita,
strip-teaseuse au Monico, à Cannes, voit avec anxiété pâlir
son étoile. Son seul espoir : succéder bientôt à
Florence, sa patronne, gravement malade, dont elle s'est attaché le mari,
Léon, d'une façon qu'elle croit sûre. Mais tout est compromis
le jour où Maud, une débutante de dix-neuf ans, ravissante et faussement
ingénue, franchit pour la première fois le seuil du Monico. La clientèle
s'enthousiasme, et Léon en fait bientôt la vedette du spectacle...
Comment une rivalité à la fois professionnelle et amoureuse va se
muer en un combat désespéré, où même le crime
est envisageable pour conjurer la déchéance : c'est ce que
nous conte, avec une saisissante vérité psychologique et une apparente
impassibilité qui ne fait que souligner le drame, le romancier de "Lettre
à mon juge", le créateur de Maigret."
La vie d´une boîte de nuit vue du côté de celles et ceux
qui y travaillent et qui la considèrent comme le contraire d´un lieu
de plaisir. «Si j´ai choisi ce titre, et ce thème, ce n´est
pas du tout pour «raccrocher» le public mais parce que, voulant étudier
les rapports des femmes entre elles, j´ai pensé que je n´avais
trouvé nulle part un scénario aussi «saignant», si je
puis dire, dans les coulisses des cabarets.» (Georges Simenon, Paris-presse,
19 juin 1957) Acheter
ce livre |
Les
scrupules de Maigret (M) "Maigret reçoit successivement la visite
de Xavier Marton, un personnage falot et timoré qui accuse sa femme de
vouloir l'empoisonner, et celle de Gisèle Marton qui a suivi son mari jusqu'au
quai des Orfèvres. Cette dernière est une créature froide
et lucide. Son époux ne serait d'après elle qu'un neurasthénique.
Une brève enquête apprend à Maigret que Xavier Marton est
amoureux de sa belle-sœur, la douce et affectueuse Jenny, tandis que sa femme
le trompe avec Maurice Schwob, à qui elle est associée. Au cours
d'une nouvelle entrevue au quai des Orfèvres, Xavier Marton décrit
sa femme comme une ambitieuse qu'il le tient pour un "pis-aller" et
méprise le métier qu'il exerce. Il annonce son intention de la tuer
si jamais il ressent les symptômes d'une intoxication. Il meurt la nuit
suivante, empoisonné, sans avoir pu mettre ses menaces à exécution.
Malgré ses présomptions, Maigret est rapidement convaincu de l'innocence
de Gisèle Marton. Il apprend aussi que celle-ci, méfiante, a procédé
dans la soirée à un échange de tasses quio ne l'a du reste
pas empêché d'être elle-même légèrement
intoxiquée. Peu après, Jenny avouera : elle a empoisonné
la tisane de sa sœur par amour pour son beau-frère, et Maigret devinera
que ce dernier avait, de son côté, mis une légère dose
de poison dans sa propre tisane de façon à avoir un prétexte
pour tuer sa femme en une sorte de légitime vengeance."
Dans "L'univers de Simenon", Maurice Piron souligne que «la principale
caractéristique de cette enquête consiste dans le fait que le crime
n'a lieu qu'à la fin du sixième chapitre (sur huit). Il ne s'agit
donc pas de reconstituer un meurtre déjà commis, mais de prévoir
le comportement des personnages arrivés à un niveau de crise ou
de tension tel que leur cas relève davantage de la psychiatrie que de l'investigation
policière. C'est la raison pour laquelle Maigret se renseigne sur les névroses,
psychoses et autres psychonévroses en parcourant des traités de
psychologie et de psychanalyse qui ne lui apprendront que peu de choses, sinon
que chacun est un peu anormal à sa façon.»
 |
 |
Le président "Augustin, ancien Président
du Conseil, vit désormais retiré dans sa propriété
normande, indifférent aux affaires politiques qui ont été
sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet est en passe
de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même
s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques,
est tenté d'élever la voix. Chalamont - il le sait, il en détient
l'aveu signé - n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt,
il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'État pour
faire gagner des sommes considérables au père de sa femme... Commence
ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre
fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière
le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin
face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement. Une uvre
grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur
le thème éternel du pouvoir et de ses vanités. Curieux portrait
inspiré de Clémenceau et qui témoigne, telle une chronique
politique, du climat gouvernemental entre les deux guerres, avec l'intuition de
la part du héros du Marché Commun Européen et présomptions
sur les ministères successifs et éphémères." Acheter
ce livre |
Le
passage de la ligne.
Dimanche
À l'âge de 25 ans, Émile, fils d'un hôtelier de Champagne,
près de Luçon, est allé aider des amis de sa famille, les
Harnaud, qui ont repris une petite auberge sur la Côte d'Azur. L'affaire
ne marche pas très bien, M. Harnaud meurt, et sa veuve, désireuse
de retourner à Luçon, accueille plus que favorablement l'union de
sa fille Berthe avec Émile. Celui-ci, intelligent et courageux, a fait
de "La Bastide" sa chose personnelle, et qui prospère. Mme Harnaud,
qui avait prévu ce mariage, ne manque pas d'en tirer profit sous forme
d'une rente viagère garantie par une hypothèque : ainsi, le
jeune couple aura définitivement désintéressé la belle-mère,
laquelle se reserve quand même la faculté de venir passer chaque
année un mois chez sa fille. Très attaché à "La
Bastide", Émile ne tardera pas à s'apercevoir que c'est Berthe
la vraie patronne, à qui rien n'échappe. Il s'en accomode tant bien
que mal : sa camionnette, son "pointu" - un petit bateau qu'il
a acheté -, les parties de boules, le marché Forville sont
pour lui autant d'occasion d'échapper à une femme possessive, méfiante,
sans charme et, de surcroît peu sympathique aux gens du pays. Après
une brève passade avec une des pensionnaires de l'auberge, Émile
se détache de sa femme. C'est alors que survient Ada, une jeune italienne
de la région que Berthe a engagée comme bonne à tout faire.
Ada est une sauvageonne très renfermée, qui passe pour sous-développée.
Un jour pourtant, Émile la prend par surprise, sans qu'elle offre de résistance,
et ce qui n'était d'abord qu'un événement fortuit devient
une habitude qui se renouvelle régulièrement dans le cabanon qu'Émile
s'est réservé pour faire la sieste. Berthe finit par les surprendre,
exige qu'Ada soit congédiée sur-le-champ, mais se heurte à
un refus énergique de son mari. Les deux époux conviennet alors
de conserver par intérêt les apparences d'une vie commune. Mais la
rupture, encore aiguisée par la rancœur de Berthe, a éveillé
chez Émile l'idée de se libérer entierèrement de celle
qui est devenue une ennemie et qui l'empêche de refaire sa vie avec Ada
dont il ne peut plus se passer. "Je la tuerai..." Une intoxication causée
par du cassoulet en conserve que Berthe a mangé un dimache d'affluence
fait entrevoir à Émile la solution qu'il cherchait. Le docteur Chouard,
qui a soigné Berthe, n'a-t-il pas révélé qu'avec le
foie qu'elle a fort sensible, elle est sujette à un empoisonnement qui
pourrait lui être fatal ? La saison terminée, Émile se
documente dans des ouvrages de toxicologie et de médecine légale,
se livre à des expériences et dose la poudre d'arsenic qui sera
mêlée au risotto de Berthe. Comment cette dernière pourrait-elle
se douter ? Les préparatifs minutieux, secrets, ont duré près
de onze mois. Enfin, le jour propice arrive. C'est un dimanche de mai. Le scénario
se déroule comme prévu. La clientèle est nombreuse, le personnel,
affairé. Le repas de Berthe est servi, à sa place habituelle. Un
regard calme et dur qu'elle lance à Émile lui fait comprendre qu'il
aperdu la partie : assise en face d'elle, humble et docile, Ada mange le
risotto..."
1959 : retour
La
femme en France (essai et album photographique).
Maigret
et les témoins récalcitrants (M) "Un homme avait été
tué par balles en pleine poitrine, quai de la Gare, à Ivry. Lachaume,
de la Biscuiterie Lachaume, maison fondée en 1871. Maigret était
attendu chez le juge d'instruction. Il se comparait à un boxeur qui va
en moins d'une heure, peut-être en quelques minutes, jouer sa réputation,
sa carrière, provoquer les huées ou les acclamations. Léonard
Lachaume, directeur d'une biscuiterie vétuste et peu rentable, a été
assassiné dans sa chambre de l'immeuble familial d'Ivry pendant la nuit
du 2 au 3 novembre. Appellé sur les lieux, Maigret éprouve une impression
d'irréalité dans cette maison où tout est en dehors du temps
et de la vie : personne ne se préoccupe du cadavre, le commissaire
est accueilli froidement par Armand, frère de la victime, la famille se
tait et reste sur la défensive. Les premiers indices découverts
font croire que le vol est le mobile du crime, mais Maigret a tôt fait d'écarter
cette hypothèse : qu'aurait-on pu voler à un homme pratiquement
ruiné ? Une enquête menée auprès du comptable,
des voisins et de Véronique, qui a rompu depuis plusieurs années
tout lien avec sa famille, apprend à Maigret que l'entreprise se maintient
uniquement grâce à la fortune considérable de l'épouse
d'Armand, Paulette ; que cette dernière, mariée sous le régime
de la séparation des biens, projetait de divorcer pour épouser Jacques
Sainval, publiciste ayant flairé la bonne affaire ; que Léonard
était très attaché à la continuité de la "dynastie"
Lachaume". D'autre part, l'inventaire de la chambre de Léonard fait
apparaître des objets qui n'y ont pas leur place : une clé anglaise
et des draps de lit réservés à l'usage exclusif de Paulette.
Disposant de ces informations, Maigret interroge Paulette qui s'est tue jusqu'à
présent pour éviter d'accabler une famille méritant plus
de pitié que de haine. Voyant que Maigret a tout deviné, elle ne
tarde pas à avouer : Léonard, averti des projets de sa belle-sœur
et conscient de leur répercussion sur l'avenir de la biscuiterie, a simulé
un vol, pénétré dans la chambre de Paulette et tenté
de l'assassiner à l'aide de la clé anglaise. Paulette, qui se tenait
sur ses gardes depuis un certain temps, a été plus prompte et a
tué Léonard avec le revolver que Sainval lui avait procuré.
Toute la famille était au courrant des intentions de Léonard et
les avait approuvées. Après le meurtre, chacun s'est efforcé
de faire disparaître toute trace du drame : en tirant parti des faux
indices préparés par Léonard, on ferait croire au geste désespéré
d'un cambrioleur surpris... Mis au courant des aveux de sa femme, Armand se suicidera.
Cet épilogue n'aurait-il pas pu être évité si le juge
Angelot avait laissé Maigret mener l'enquête à sa guise ?"
Le
roman de l'homme (essai) : Conférence prononcée à Bruxelles
le 3 octobre 1958 dans laquelle Simenon expose sa conception du roman.
Une
confidence de Maigret (M) "Amené à interroger Adrien Josset,
soupçonné du meurtre de sa femme Christine, Maigret est frappé
par l'extrême souci d'exactitude dont témoigne le suspect. Pharmacien
de condition modeste et faible de caractère, Josset est arrivé,
grâce à la fortune de son épouse, à occuper un poste
directorial important. Depuis quelques années, l'amour passionné
que se vouaient les deux époux n'est plus qu'une certaine complicité.
Josset a d'ailleurs une maîtresse : sa secrétaire, la jeune
Annette Duché. Le soir du crime, les deux amants ont été
surpris par le père d'Annette, venu de Fontenay-le-Comte. Par lâcheté,
Josset a promis au père d'épouser Annette. Troublé par cet
engagement, il a trainé de bar en bar avant de rentrer chez lui où
il a trouvé, dit-il, sa femme assassinée. Certain d'être accusé
du meurtre, il a pris peur et a attendu quelques heures avant d'avertir la police.
Quoique tout plaide logiquement contre Josset, Maigret ne peut se faire une opinion
au terme de l'interrogatoire, mais il a tendance à croire Josset innocent.
La presse à sensation s'empare de l'affaire et dresse l'opinion publique
contre Josset. L'annonce du suicide du père d'Annette, "honnête
homme déshonoré", et de l'avortement subi par Annette quelques
mois auparavant ne fait qu'accroître le climat de haine dont le suspect
est entouré. Les lettres anonymes se multiplient, tandis que Lenain, "avocat
des causes désespérées", spécialisé dans
les procès retentissants, tente de prouver que d'autres individus sont
susceptibles d'avoir tué Christine, par exemple ses "protégés",
c'est à dire les jeunes gens dont elle s'entourait et qu'elle entretenait
par besoin de domination. Parmi ces dernier, Maigret recherche en vain un certain
Popaul. Josset est jugé. Sa culpabilité paraît évidente,
de sorte que l'affaire est réglée rapidement. Maigret assiste impuissant
au procès et entend prononcer la peine de mort. Deux ans plus tard, un
mauvais garçon qui s'occupe de traite des blanches apprend au commissaire
qu'au Vénézuéla, un soir d'ivresse, un dénommé
Popaul s'est venté d'avoir assassiné Christine Josset. Mais tout
cela est bien vague. D'ailleurs, Popaul existe-t-il vraiment ?"
La
vieille : «"La vieille" nous montre le Tout-Paris. Simenon
a généralement une façon simpliste de décrire le grand
monde : cigarettes à bout doré, tapis de haute laine, tableaux modernes,
puissantes voitures, journalistes qui vous reconnaissent dans les brasseries,
Champagne dont on ne nous dit pas la marque : c´est la grande vie.
Cette fois-ci le milieu est beaucoup mieux indiqué.» (Roger Nimier,
Arts, 1960)
Le
veuf : «Dans "Le veuf", il ne se passe rien. Le héros
perd sa femme dès les premières pages, s´affole, puis s´accoutume
à cette idée. (...) Pourquoi Jeanne s´est-elle tuée ?
Probablement pour ne pas ennuyer son mari. C´est plein de tact. (...) Qui
s´étonnerait de la banalité des romans de Simenon aurait tort,
Simenon pose des problèmes sérieux. Il est possible qu´il
ne donne pas toujours la solution la plus élégante de l´équation,
mais il la résout. Il est dans le vrai du XXe siècle, sans excès
même de réalisme.» (Roger Nimier, Arts, 1960)
Sommet de la page
Pour toute question ou remarque concernant ce
site, envoyez un courriel à jacques @ 0faute.com
Dernière mise à jour de cette page le 10/12/2005.
|