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Georges Simenon Federico
Fellini
Federico Fellini (Rimini 1920 - Rome 1993) : Cinéaste
considéré comme le plus onirique des réalisateurs
italiens.
"Ma génération a connu une enfance pleine
d'interdits, d'obligations, de tabous... Ainsi, la curiosité
et la fascination de l'inconnu étaient intactes. Nous
avions le sens du merveilleux".
D'une nature rêveuse et imaginative, il mène
très jeune une vie mouvementée et vagabonde,
dont sa carrière artistique conservera les traces,
et qu'il aura soin d'étoffer rétrospectivement
pour magnifier son mythe. "J'ai toujours eu une propension
naturelle à m'inventer : une jeunesse, un rapport
à la famille, aux femmes et à la vie".
Caricaturiste, journaliste, il travaille aussi comme assistant
dans une troupe itinérante pour finalement prendre
place comme scénariste aux côtés de Roberto
Rossellini pour Paisà, Rome ville ouverte,
L'Amore et Europe 51. Il travaillera aussi
à l'élaboration de scénarii pour Pietro
Gremi et Alberto Lattuada, avec qui il signe en co-réalisation
son premier film Les feux du music-hall (1950). C'est
en 1952 qu'il réalise seul Courrier du cur.
Dès lors apparaissent ses deux qualités fondamentales :
la capacité de créer l'invraisemblable par le
langage de l'image et du montage, et, surtout, celle de fixer
des types. Il a déjà le don de camper ses personnages
à l'aide de petits détails physiques ou verbauxA
qui leur donnent, comme par magie, une épaisseur humaine
et un passé dont le spectateur devient rapidement complice.
Éloge de l'affabulation, apologie du phantasme :
les miroirs tendus par les films de Fellini ne réflechissent
pas autre chose. "Feindre, toujours feindre !...
Il faut que tout soit factice, mais crédible !".
"J'exerce un métier qui me démontre
en permanence que je suis un magicien."
Sa rencontre avec Giulietta Masina, en 1943, lui inspire
deux poèmes d'amour : La Strada (1954)
et Les nuits de Cabiria (1957). Puis, c'est le succès
provoquant et inquiétant de La dolce vita (1960),
peinture acide et désespérée d'une minorité
romaine oisive, où le personnage lucide et suicidaire
du journaliste, joué par Alain Cuny semble incarner
Fellini lui-même. Cette uvre annonce Huit et
demi (1963), le huitième de ses films, qui est
aussi celui où le cinéaste remet en question
son propre art. Puis c'est Juliette des esprits (1965),
film onirique qui termine tout un cheminement initiatique
très intime.
En 1969, Fellini propose l'éblouissante adaptation
du Satyricon de Pétrone, travail où il
réussit à s'éloigner de ses propres préoccupations
tout en restant très original. Les clowns (1970)
inaugure une série d'uvres qu'on pourrait qualifier
de pur divertissement cinématographique. L'auteur,
maîtrisant parfaitement ses propres désirs, nous
emporte dans ses souvenir du cirque, de la ville (Fellini
Roma, 1972), de l'enfance (Amarcord, 1973), des
mythes (Casanova, 1976). Puis c'est la rupture de ton,
avec cette fable aux allures brechtiennes et prémonitoires
qu'est Répétition d'orchestre (1978),
où Fellini porte aux sommets de leur talent ses plus
fidèles collaborateurs, le musicien Nino Rotta et le
monteur Ruggero Mastroianni.
Ses derniers films - La cité des femmes
(1979), Et vogue le navire (1983), Ginger et Fred
(1986), Intervista (1987) et La voce della luna
(1990) - témoignent d'un pessimisme croissant.
Il n'y a plus d'issue, tout se résout dans la mort
(Et vogue le navire est vraiment l'évocation
de la fin d'un monde, quoique sans la fureur du Satyricon),
ou dans la dérision, comme dans Ginger et Fred,
où un couple d'artistes vieillissant est réuni
pour les besoins d'une émission télévisée.
Ginger y est interprétée par Guilietta Masina,
l'épouse du cinéaste, qui s'éteindra
quelques mois après son mari.
Vous trouverez ici l'ensemble de ses
films.
L'affiche est superbe : Simenon, Fellini. Deux grands
parmi les grands. Le contenu plutôt maigre : une
quarantaine de lettres. Quarante lettres en trente ans, dont
plusieurs ne sont que des billets, est-ce une correspondance ?
Oui, c'en est une, et l'histoire qu'elle racconte est étonnante.
Leurs chemins se croisent à Cannes, en 1960. Federico
Fellini présente La Dolce Vita, qui vient de faire
scandale en Italie. Georges Simenon, président du jury,
réussit à le faire couronner, malgréA;
les pressions des grands producteurs, et au plus grand déplaisir
de toute la cinéphilie française, qui déteste
l'auteur de La Strada. De retour à Lausanne, Simenon
invite Fellini à venir passer quelques jours chez lui.
À l'admiration s'ajoute une vraie sympathie, presque
une complicité. Il voit en Fellini un créateur
méprisé par les intellectuels, comme ce fut
- et c'est toujours - son cas.
Rien apparemment de plus dissemblable que les uvres
de Federico Fellini et de Georges Simenon, rien apparemment
de plus opposé que ces deux hommes, et pourtant une
correspondance de 20 ans les lient. Elle commence en 1969,
à la sortie de "Satyricon", lorsque Fellini,
au cours d'une interview, fait l'éloge de Simenon et
établit un lien entre l'écriture de ses romans
et l'élaboration de ses propres films. En écho
à cette interview où Fellini avoue son admiration
pour l'écrivain, Georges Simenon répond :
"Je retrouvais mes idées tant en ce qui concerne
la création en art que les diverses attitudes devant
les problèmes de la vie". Les deux hommes
se sentent comme deux frères retrouvant chez l'autre
son propre reflet, fait d'angoisses et d'exaltations. Georges
Simenon rassure comme un "frère aîné"
un Fellini insomniaque qui doute et crée les chefs-d'uvre
que sont Casanova et La cité des femmes. Pour le cinéaste
italien, Simenon est cette canne qui lui ouvre la voie contre
ses aveuglements. C'est à la suite d'un rêve
mettant en scène un Simenon qui "peint son nouveau
roman" que FelAlini trouve la force d'achever Casanova.
Simenon lui écrit alors pour le conforter dans cette
idée et lui dire son admiration de toujours. Dès
lors, leurs échanges tournent autour du geste de la
création. Si différents, si proches, ils ont
échangés leurs angoisses et leurs espoirs, leurs
passions et leurs dégoûts. Sans presque jamais
se rencontrer. On ne doit pourtant à cette complicité
exceptionnelle, à cette intelligence qui traverse les
frontières des nations et des arts aucune uvre
commune. Simenon n'a pas écrit pour Fellini, Fellini
n'a pas porté Simenon à l'écran. En vingt
ans d'échanges épistolaires ininterrompus, ils
n'ont même pas envisagé de travailler ensemble.
Si d'évidence, tout les opposait dans le style (autant
celui du cinéaste était démesuré
et baroque, autant celui du romancier était austère
et minimaliste), tout les rapprochait dans l'esprit. Car ils
avaient en commun l'égoïsme des grands créateurs,
une faculté au labeur proprement titanesque ("Je
me sent plus vivant quand je travaille" avoue Fellini,
pourrait dire Simenon), la haine des sociétés
modernes, la passion névrotique des femmes, la nostalgie
de l'état d'enfance, et une propension récurrente
à la dépression. La correspondance de Federico
Fellini et Georges Simenon entre 1969 et 1989 plonge le lecteur
dans les subtilités et les affres de la création.
Les deux artistes partagent la même admiration pour
Carl-Gustav Jung, attachant beaucoup d'importance au rôle
du subconAscient dans la création. "Tous les
deux, écrit Simenon en 1976, nous sommes restés
et j'espère que nous resterons jusqu'au bout de grands
enfants obéissant à des impulsions intérieures
et souvent inexplicables, plutôt qu'à des règles
qui n'ont pas plus de signification pour moi que pour vous".
Quand un géant rencontre un autre géant, qu'est-ce
qu'ils se racontent ? Des histoires de géant.
Et de quoi parlent-elles, ces histoires de géants que
s'écrivent Frederico Fellini et Georges Simenon ?
Des mystères et des difficultés de la création,
de l'enfance et du cirque, avec pudeur et effusion.
"Je m'aperçois que je m'étais endormi dans
un grand jardin humide de rosée, avec de grandes plantes
chargées de feuilles d'un vert intense. Là-bas,
au centre d'une pelouse, il y a une construction en forme
de tour. C'est de là que vient le cliquetis de la machine
à écrire. Je m'approche, et maintenant on n'entend
plus aucun bruit. En me dressant sur la pointe des pieds,
je lorgne par une fenêtre circulaire et je vois une
chambre blanchie à la chaux, comme une cellule. Il
y a un homme, un moine en train de faire quelque chose que
je n'arrive pas à voir parce qu'il me tourne le dos.
Il est assis, et à ses pieds, par terre, il y a une
dizaine d'enfants, des petits garçons et des petites filles
très sympathiques, qui rient, plaisantent, qui touchent
ses sandales, le cordon de sa bure. A la fin, l'homme se retourne :
c'est Simenon."
"Cela a été une grosse émotion pour
moi de recevoiAr votre lettre. J'ai espéré un
moment vous rencontrer en Suisse, mais je comprends très
bien vos réactions et votre fuite. Tout ce que vous
me dites me touche profondément, car malgré
mes soixante-treize ans et demi, je me considère encore,
et je me sens, comme un gamin. Vous êtes probablement
la personne au monde avec laquelle je me sens les liens les
plus étroits dans le domaine de la création.
J'ai essayé de le dire maladroitement dans une préface,
je voudrais que vous sentiez combien je me sens proche de
vous, non seulement comme artiste, si je puis employer ce
mot que je n'aime pas, mais comme homme et comme créateur."
Dans le livre de Georges Simenon, "Quand j'étais
vieux", Federico Fellini, qui a du mal à passer
le cap des soixante ans, cherche des conseils, des avertissements
et de "réconfortantes et très tendres coïncidences
d'effrois". L'écrivain lui répond qu'il
a écrit ce journal intime lorsqu'il avait son âge
et qu'il s'est "rendu compte par la suite" qu'il
commençait "à rajeunir". Le sage est
toujours là pour aider son ami et le pousser vers l'avant.
Après la mort de Simenon en 1989, Federico Fellini
ne cessa jamais de penser à ce frère disparu.
Lorsqu'il s'éteint en 1993, ses derniers mots sont
pour lui: "Giacomina, as-tu fini le travail sur Simenon
?"
"Carissimo Simenon - Mon cher Fellini"
rassemble 20 années (1969 - 1989) de la correspondance
entre ces deux figures majeures du cinéma et de la
littérature. Fellini se livre en toute confiaAnce,
fait part à son "aîné" de ses
angoisses et de ses doutes, notamment à propos de Casanova
et de La cité des femmes. Très ému des
résonances qui se font jour entre leurs deux univers,
Simenon, âgéde dix-sept ans de plus que lui,
peut lui communiquer une forme d'expérience et de sagesse.
La rencontre organisée en Février 1977 par L'Express,
où Simenon interviewe Fellini à propos de son
Casanova, complète cette correspondance. Un petit livre
précieux, un secret dévoilé qui circule
entre amateurs de Simenon, curieux de Fellini et réciproquement.
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Dernière mise à jour de cette page le 11/12/2005.
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