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Georges Simenon  Jean Richard

Jean Richard
Homme de cirque, de cabaret, de cinéma et, bien sûr de télévision où il avait incarné Maigret pendant plus de vingt ans, Jean Richard a quitté la piste le Mercredi 12 Décembre 2001. Pour beaucoup, il restera le commissaire Maigret de la télévision créé par Claude Barma et Jacques Rémy en 1967. C'est en effet le seul acteur au monde à avoir tourné tous les Maigret, le dernier a été diffusé sur le petit écran en juin 1990. Un personnage qu'il n'abandonnera qu'en 1990, après 92 épisodes dont 18 en noir et blanc.

Et pourtant, Jean Richard faillit bien ne pas décrocher ce rôle qui, aujourd'hui, semble avoir été écrit pour lui. Il y avait, en effet, beaucoup de candidats en lice et Jean Richard était, à l'époque, très marqué par ses créations de comique troupier et d'ahuri sympathique au parler pittoresque qui fleurait bon le terroir. Il avait même fait ses débuts involontaires dans le comique en 1939, quand, élève officier de cavalerie, il avait raté son admission à Saumur parce que sa jument, Miss Mondaine, était entrée à reculons dans le manège en renversant le colonel... Tout cela ne collait pas bien avec Maigret. Oui, seulement, de Maigret, il avait naturellement la stature imposante, le côté bourru, lent et appliqué, la démarche assurée, la curiosité toujours en éveil et, surtout, il fumait la pipe depuis longtemps. C'est, peut-être, ce qui décida Simenon, lui aussi fumeur de pipe, à lui accorder la préférence. Dès cet instant, l'écrivain taciturne prodigua ses conseils à son interprète qui buvait ses parole et s'imposa très vite dans le rôle. La pipe au bec, le feutre vissé sur la tête, il incarne Maigret pour la première fois en octobre 1967. De "Cécile est morte" à "Maigret à New York", Jean Richard devient indissociable du flic bourru de Simenon. Le rôle de Maigret au petit écran a depuis été repris par Bruno Cremer.

«Bravo, vous tenez votre pipe comme quelqu´un qui a l´habitude. Ce n´est pas comme Jean Gabin. On voyait à quinze mètres que ce n´était pas un fumeur de pipe ! La vôtre est mal équilibrée. Elle ne vous va pas très bien. Tenez, je vous offre ces deux-là. Ce seront les pipes de Maigret. Vous savez qu´il doit toujours en avoir deux sur lui. Vous devez avoir un chapeau mou, un pardessus flottant et porter les grosses écharpes en laine que tricote Madame Maigret. J'espère qu'on va vous trouver une madame Maigret bien dodue. Attention Maigret est tendre avec sa femme. Mais il ne l'embrasse pas. Il lui donne simplement une petite tape sur les fesses !» (Georges Simenon à Jean Richard, Épalinges, 1967, propos rapportés par Télé 7 jours, "Le chagrin de Maigret, Jean Richard raconte", après 1989)
« Jean Richard n'a pas tout à fait suivi le conseil [de Simenon], peut-être parce que le rôle de Madame Maigret a été [essentiellement] tenu par sa femme ! Simenon ne [lui] en a pas tenu rigueur. Un jour, il [lui] a téléphoné pour [lui] dire : "Avec votre interprétation de Maigret et de Madame Maigret, vous avez mis dans le mille." » (Jean Poggi, "Le chagrin de Maigret, Jean Richard raconte", Télé 7 jours, après 1989)

Jean Richard est né à Bessines, le 18 avril 1921. Lycéen, attiré par le dessin, il travaille en tant que caricaturiste dans les journaux de la région et exercera ce don, par la suite, dans ses premières apparitions scéniques. Caricaturiste à 18 ans, il fait le dessinateur-bonimenteur sur la scène de cabarets lyonnais avant de monter avec quelques amis une compagnie de théâtre amateur. Pourtant, c'est à l'agriculture qu'on le destinait, mais la guerre mit un terme à ces espérances familiales. Jean Richard devance l'appel et sert dans la cavalerie. Libéré, il rencontre Max Revol qui le prend en tournée. "C'est vraiment lui qui m'a appris le métier, dit-il. Jusque là, je n'avais fais ce métier qu'en rigolo". Après la guerre, reconnu comme un organisateur professionnel de spectacles, il est chargé du théâtre aux armées dans l'Allemagne occupée, organisateur de tournées destinées à faire connaître la culture française : ballets, chansons, théâtre... Il fait même jouer Charles Dullin, avec grand succès, dans L'Avare. Lui-même jouera Jean de la Lune, incité par Marcel Achard qui avait vu son spectacle burlesque : Quelques pas dans le cirage, avec Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, dont il deviendra l'imprésario et l'ami. Au cabaret L'amiral, ils présentent ensemble une dizaine de revues (Conférence sur l'anatomie humaine, Antonio et Antonia...), qui remportent un grand succès.
Jean Richard monte ensuite Popocatepetl, au théâtre Fontaine, toujours avec ses compères, puis Trois faibles femmes, avec les Peter Sisters et Le sire de Vergy ; il débute à la radio en 1950, dans une émission de variétés, Dimanche au village, dans laquelle il intervenait sous le nom de "Cousin Richard", un paysan peu dégourdi que l'on retrouvera dans la série cinématographique des Champignol qui le rendra très populaire.
Son premier grand succès au cinéma (Belle mentalité) date de 1952. Jean Renoir lui donne l'un de ses meilleurs rôles dans Elena et les hommes. Au théâtre, il fait ses débuts en vedette dans Demeure chaste et pure, une adaptation de Sept ans de réflexion. Au cinéma, il devient le paysan ahuri de "Champignol" ou "Bérurier", l'adjoint pittoresque du commissaire San-Antonio de Frédéric Dard. "Je n'ai pas tourné que des chefs d'œuvre", reconnaît-il en s'amusant d'avoir été "le seul homme à nourrir des lions avec des navets", par allusion à son cirque qu'il "subventionnait" régulièrement.
Outre le cinéma, le théâtre et la télévision, Jean Richard a une autre passion, les animaux, qui lui vient probablement de son père éleveur de chevaux. Sa ménagerie devient si importante qu'il crée un zoo à Ermenonville, à la fin des années cinquante, où il s'installera. Passionné par le cirque, il fait une tournée avec le cirque Médrano, et achètera le cirque Pinder en 1971.
En 1967, Claude Barma lui propose de jouer Maigret pour la télévision. Il tourne le premier épisode, Cécile est morte, en 1967. Vingt ans plus tard, le personnage est toujours présent : Maigret et Jean Richard ne font qu'un. "J'aime le personnage de Maigret, dit-il, parce qu'il m'a permis de me débarrasser de Champignol. Mais il est vrai que depuis que j'ai entamé cette série, on m'a proposé assez peu de choses. La série des Maigret m'a complètement écarté du monde du cinéma." Précisons que, depuis, l'accident dont il a été victime en 1973 a accentué cette tendance.

Jean Richard était au somment de sa popularité lorsqu'un terrible accident de voiture, survenu alors qu'il venait de découvrir son cirque ravagé par un incendie "coupa sa vie en deux" pour reprendre les termes qu'il employa lui-même dans son livre de souvenirs "Ma vie sans filet". On le crut perdu. Six semaines dans le coma : ''La France a vécu pendant un mois et demi au rythme des bulletins de santé''. Mais Jean Richard était d'une solide constitution et remonta la pente. Il se consacra alors plus totalement encore à sa passion du cirque, lança le Nouvel Hippodrome de Paris et y créa "Ben-Hur" en 1975. Propriétaire jusqu'en 1978 du "cirque Jean Richard" et du "cirque Pinder", il reçoit en 1980 le Grand Prix national du cirque après avoir obtenu de l'État la reconnaissance du cirque comme une activité culturelle à part entière.

L'attrait de cet amoureux des bêtes pour l'univers des chevaux sera aussi une autre facette d'un personnage dont le sport favori était naturellement l'équitation. Il dirigera ainsi le nouvel Hippodrome de Paris et était administrateur depuis 1971 de la Société protectrice des animaux (SPA). Il fera passer cet amour auprès des téléspectateurs avec la série ''Ces animaux qu'on appelle des bêtes'' et avec l'émission consacrée aux ''Cirques du monde''.

Jean Richard

Quelques dates :

  • 1921 : Fils d'un marchand de chevaux, il naît le 18 avril 1921 à Bessines, près de Niort (Deux Sèvres).
  • 1939-1943 : Dessinateur humoristique, il découvre le monde du spectacle.
  • 1945-1950 : Directeur du théâtre aux armées dans l'Allemagne occupée. Présente à Paris une revue au cabaret L'Amiral.
  • 1951 : Tourne son premier film, "Deux de l'escadrille" de Maurice Labro, avec Roger Pierre et Magali Noël.
  • 1955 : Fonde le zoo Jean Richard.
  • 1956 : "Héléna et les hommes" de Jean Renoir.
  • 1957 : Fonde le cirque Jean Richard.
  • 1960 : Tourne "Sans tambours ni trompettes". Joue "Noix de Coco" au théâtre.
  • 1961 : Joue "La Polka des lampions" et tourne "Chéri Bibi" et "La Famille Fenouillard".
  • 1962 : "La belle américaine", "Ma femme est une panthère".
  • 1963 : "Du mouron pour les petits oiseaux" de Maurice Carné, "Bébert et l'omnibus", "Dragées au poivre". Fonde le Centre d'attractions à La Mer-de-Sable d'Ermenonville, premier parc d'attractions en France.
  • 1966 : Partenaire de Georges Guétary dans l'opérette "Monsieur Carnaval". Publie "Mes bêtes à moi". Tourne "Les fêtes galantes" de René Clair.
  • 1968 : Première diffusion à la télévision des "Enquêtes du commissaire Maigret".
  • 1971 : Retrouve Georges Guétary dans l'opérette "Monsieur Pompadour". Publie "Envoyez les lions !".
  • 1972 : Reprend le cirque Pinder.
  • 1973 : Assure l'exploitation et dirige les cirques Jean Richard et Pinder. Il a un très grave accident de voiture en Mai.
  • 1974 : Publie "Les contes de Jean Richard".
  • 1975 : Signe pour la télévision la série "Ces animaux qu'on appelle des bêtes" puis crée "Les cirques du monde".
  • 1985 : Publie "Ma vie sans filet". Acheter ce livre
  • 1990 : Son dernier Maigret est diffusé.
  • 1995 : Est fait chevalier de la Légion d'honneur.
  • 1996 : Publie "Tête de l'art".
  • 1999 : Décès d'Annick Tanguy, son épouse, qui a incarné Mme Maigret à la télévision.
  • 2001 : Décès le 12 Décembre à Senlis (Oise).

Quelques compléments : Saviez-vous que Jean Richard a participé à Pif Gadget. Par exemple, dans le numéro 356, dont vous trouverez la couverture ci-dessous, on pouvait trouver un disque souple 33 Tours enrtegistré par Jean Richard et reprenant "Les petits renards", bande dessinée présente dans l'hebdomadaire.

Pif Gadjet 356

Il est aussi apparu dans Pif Poche en 1974, démêlant de bien pauvres enquêtes, sous le titre "Jean Richard enquête" et en 1976, il raconte des histoires dans "Jean Richard raconte".

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Dernière mise à jour de cette page le 11/12/2005.
 
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