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Georges Simenon Le
commissaire Maigret
À la demande de Joseph Kessel, Simenon écrit pour Détective
une série de nouvelles où apparaît pour la première
fois le personnage de Maigret, le policier qui se veut "médecin des
âmes" et non justicier. Avec Maigret apparaît un type nouveau
de roman policier, non plus axé sur le problème à résoudre,
mais sur un criminel à comprendre, à prendre en charge. Maigret
est né clandestinement dans quatre romans publiés sous divers pseudonymes :
Train de nuit, La jeune fille aux perles, La femme rousse, La maison de inquiétude.
Avant ceux-ci, l'homme à la pipe avait fait l'objet d'une longue et obscure
genèse dans laquelle vingt-sept personnages ont contribué à
préparer et à préciser la personnalité de celui qui
allait devenir l'un des enquêteurs les plus connus du roman policier. Dans
"L'Homme à la cigarette", le nom de Boucheron pourrait être
biffé et remplacé par celui de Maigret, tant il lui ressemble par
sa manie de "renifler" les lieux du crime et de se mettre dans la peau
de l'assassin inconnu : pour le comprendre, et donc pour le démasquer...
Découvrez ce Maigret des débuts dans "Maigret
entre en scène" (Train de nuit - La jeune fille aux perles -
La femme rousse - La maison de l'inquiétude - L'homme à
la cigarette).
Publié en 1931, Pietr le Letton est un roman important car il s'agit de
la première aventure de Maigret. Un policier qui allait s'imposer dans
le mode entier pour sa façon très personnelle de découvrir
le coupable : loin d'utiliser les méthodes scientifiques, il s'imprègne
de la personnalité des personnages pour mieux saisir les coupables.
Le commissaire est officiellement baptisé le 20 février 1931 à
Montparnasse, au cours du "bal anthropométrique" que donne Georges
Simenon à la Boule Blanche. 30 ans plus tard, le 3 septembre 1966, une
statue du Commissaire Maigret sera inaugurée à Delfzijl (Pays-Bas).
On peut aussi noter, mais sans doute est-ce un coïncidence, que le nom de
Maigret figure sur le mémorial des policiers morts pour la patrie de l'Hôtel
de Ville de Liège.
Évariste Maigret, le père du commissaire serait né en 1884
et se serait marié en 1912, exactement comme son modèle, Monsieur
Tardivon, régisseur du château de Paray le Frésil où
Georges Simenon avécu comme secrétaire du Marquis de Tracy. Simenon
confirma d'ailleurs cet emprunt d'identité dans les années 1970
dans une lettre adressée à sa fille.
Au départ, Maigret n'était qu'une silhouette, mais le personnage
s'est enrichi de l'observation minutieuse du monde de la police (un directeur
de la police, qui avait lu ses livres, le contacta et l'invita à venir
sur le terrain afin d'éviter des erreurs techniques). La sympathie de Maigret
pour les petites gens est venue ensuite petit à petit. Simenon remarque
que les "Maigret" de la fin se rapprochent de ses romans durs.
Georges Simenon avouera à Francis Lacassin : «C’est l’un
des rares, sinon le seul personnage que j’ai créé qui ait
des points communs avec moi. Tous les autres ou à peu près sont
complètement indépendants de moi.»
Le personnage, quelque peu massif, ne se sépare jamais, comme son créatuer,
de sa célèbre pipe, ni de son chapeau et même de son imperméable.
Ses goûts sont ceux d'un petit-bourgeois, et il affiche pour la bonne cuisine
un penchant complaisament entretenu par son épouse, qui lui mitonne d'incomparables
blanquettes de veau en attendant son retour dans l'appartement douillet du boulevard
Richard Lenoir.
Dans une interview au Magazine Littéraire en 1975, Simenon déclarait :
"Au début, Maigret était assez simple. Un gros homme placide
qui, lui aussi, croyait plus à l'instinc qu'à l'intelligence, qu'à
toutes les empreintes digitales et autres techniques policières. Il en
usait d'ailleurs comme il y était obligé, mais sans trop y croire.
Il est certain que j'ai pris quelques unes de ses manies et qu'il en a pris des
miennes. Tenez : on s'est demandé souvent pourquoi Maigret n'avait
pas d'enfant, alors qu'il en avait tellement envie. C'est sa grande nostalgie.
Et bien, c'est parce que quand j'ai commencé les Maigret - j'ai dû
en écrire une trentaine avant d'avoir moi-même un enfant -,
ma première femme n'en voulait pas. Elle m'avait fait jurer, avant de me
marier, que je ne lui en ferai pas. Ce dont j'ai beaucoup souffert car j'adore
les enfants... comme Maigret.
Et bien, j'étais incapable de montrer Maigret rentrant chez lui et retrouvant
un ou deux gosses. Qu'allait-il leur dire, comment allait-il réagir à
leurs cris, comment ferait-il la nuit pour leur donner le biberon, si Mme Maigret
était un peu malade ? Je ne le savais pas.
Par conséquent, j'ai dû créer un couple qui ne pouvait pas
avoir d'enfant. C'est la raison. Puis j'ai avancé en âge, beaucoup
plus vite que Maigret. Théoriquement, il aurait dû partir à
la retraite à cinquante-cinq ans. Dans sa dernière incarnation,
il a cinquante-trois ans et demi, et, quand je l'ai créé il en avait
déjà quarante ou quarante-cinq. Par conséquent, il a vécu
quinze ans pendant que j'en vivait presque quarante. Alors, fatalement, je lui
ai donné sans le vouloir de mes expériences et lui me donnait de
son activité."
Maigret ne s'oublie pas, le personnage avec sa démarche, sa pipe, son
chapeau, appartient désormais à l'imagerie populaire. Tout en mouvance
et en incertitudes, il échappe à la description et plus encore aux
définitions. Il se méfie des déductions brillantes, des techniques,
des esprits trop méthodiques et même de la psychologie. A ses yeux,
la recherche criminelle est avant tout celle d'une vérité humaine
qu'on ne saurait mieux comprendre que si on l'a d'abord sentie. Il convient donc
d'écarter au cours de l'enquête tout ce qui peut gêner une
expérience sensible, en premier lieu les raisonnements trop bien construits.
Maigret possède justement cette forme de sensibilité qui lui permet
de sentir les êtres, d'entrer dans la peau d'un personnage et de vivre un
peu de la vie d'un suspect, fût-ce fugitivement, le temps d'apercevoir une
vérité que les plus savantes déductions n'auraient su tirer
de son humble retraite. C'est par une sorte d'osmose que les acteurs du drame
lui livrent leur secret. Ses enquêtes sont menées d'un pas lent,
au rythme des pipes que l'on bourre, scandant une vie bien réglée.
Hachis parmentier, blanquette de veau, les plats égrènent les jours
de la semaine, tandis qu'un verre de prunelle ponctue rituellement l'après-dîner.
Maigret ne serait pas Maigret sans les sandwiches et les demis de bière
qu'il fait monter à son bureau pour tous les interrogatoires. De même
que Sherlock Holmes ne peut être conçu sans sa pipe, son grog, son
feu de coke, au milieu des brouillards de Londres. Maigret, avant toute autre
chose, est un monsieur qui boit des demis de bière en mangeant les sandwiches
de la brasserie du coin. C'est si vrai qu'il le fait même quand il n'en
a pas besoin.
Rien pourtant du légendaire Sherlock, rien du cérébral Hercule
Poirot, mais un personnage profondément humain, menant l'enquête
de manière réaliste, reniflant l'atmosphère, procédant
par intuition plutôt que par déduction, qui sent autant qu'il pense,
bref familier et proche.
Dans les romans qui le mettent en action, l'énigme et l'action sont quasi
inexistantes, car Maigret est un policier qui agit peu - tout le contraire
du détective à l'américaine ou d'Hercule Poirot. Le plus
souvent il s'installe dans un lieu, paraît s'assoupir, boit force demis,
rallume sans cesse sa pipe, questionne vaguement témoins et acteurs, s'enquiert
de détails en apparence anodins, suit son instinct qui le pousse à
flairer çà et là. Il s'imprègne de l'atmosphère,
absorbe comme une éponge la vie presque toujours médiocre qui l'entoure,
entre lentement dans la peau des personnages impliqués et devine la vérité
de leurs rapports. Quand il est comme gorgé de matière, que l'alchimie
a opéré silencieusement et que tout se réduit à un
petit secret insignifiant, mais aux conséquences dramatiques, le commissaire
revient au Quai des Orfèvres. Alors les choses se précipitent, il
tisonne vigoureusement son poêle, téléphone à Madame
Maigret qu'il rentrera très tard et se fait monter des sandwichs et de
la bière de la Brasserie Dauphine... la nuit sera longue ! Le suspect
finit par avouer ce que Maigret savait déjà. Au petit matin, blafard
et pluvieux, le rituel est accompli et il repart, un peu plus lourd du poids de
la grande misère des hommes.
«Jules Maigret est l'homme d'un métier. Il est aussi l'homme d'un
foyer (...), le héros est voué au célibat, parce qu'il n'a
pas trop de toute sa liberté pour affronter le monde. On n'imagine pas
de compagne auprès de Bardamu, de Douissan, de Roquentin. Alors qu'on ne
peut, au contraire, imaginer Maigret sans Madame Maigret.» (Bernard de Fallois,
"Simenon", NRF, 1961)
Un site, malheureusement en anglais, peut-être considéré
comme un véritable lieu de rassemblement pour les amateurs du personnage :
forum, achat d'ouvrages en ligne, photos et textes divers sont au programme. Simenon's
Maigret est un site entièrement consacré au plus connu des personnages
de Georges Simenon.
Un autre, plus sommaire mais en français : Commissaire
Maigret. Ce site vous présentera le commissaire sous un jour très
personnel.
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Dernière mise à jour de cette page le 11/12/2005.
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