Georges
Simenon
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Si un jour vous rencontrez, sur le quai d'une gare ou dans
une librairie, un ouvrage de Georges SIMENON, n'hésitez pas, vous pourriez
tomber sous le charme. |
Pour la plupart des lecteurs, Georges Simenon est le créateur du personnage
de Maigret, la silhouette du commissaire est en effet
célèbre dans le monde entier grâce au cinéma et à
la télévision. Cependant réduire l'uvre de Simenon
à Maigret serait oublier la plus grande partie
de sa production, c'est à dire les nouvelles et les romans psychologiques.
Qui est le vrai Simenon ? Un romancier dont la vie
se confond avec la légende et dont l'uvre inclassable reste à
découvrir : des contes populaires aux derniers romans, des récits
où se reflètent les inquiétudes des hommes d'aujourd'hui.
Ce fut l'homme aux 400 livres et aux 10000 femmes. Personnage excessif, écrivain
de génie, père du célèbre Maigret
et d'une importante uvre romanesque, Simenon
restera l'un des romanciers majeurs du 20ème siècle et, comme l'affirmait
Félicien Marceau en 1954, "Dans tout raisonnement sur le roman contemporain,
il y a un os. Cet os s'appelle Simenon".
Georges Simenon est sans doute l'écrivain
le plus totalement "citoyen de la francophonie" : né en
Wallonie, promenant son Maigret dans les rues de Paris,
et, après un détour par les États-Unis, a installé
ses tables de travail en Suisse et épousé une Québécoise.
Aux yeux de Simenon, son besoin de découvrir l'homme justifie l'ensemble
de ses actes. "Je voulais toujours découvrir autre chose, toujours
partir, par curiosité".
De tous les romanciers de son époque, Simenon est sûrement celui
qui a écrit l'uvre la plus abondante,
à la cadence hallucinante d'un roman tous les quatre mois. Cette grande
et régulière fécondité n'a toutefois jamais nui à
la qualité de l'uvre. Les chiffres totaux de ses tirages ne sont
dépassés que par ceux de la Bible et de Lénine ! Et
pourtant, la critique boude ou fait la difficile : une telle richesse d'imagination
irrite ceux pour qui le bon écrivain doit distiller longuement ses livres.
Oubliant qu'il existe aussi chez Balzac des ouvrages mineurs ou imparfaits, on
traite Simenon de "Balzac du pauvre". Georges Simenon était à
la fois fascinant et ambigu, simple et prodigue. Il éleva au rang de rituel
des tics de maniaque sous prétexte de création : le pot de
crayons bien taillés, le carton et l'enveloppe jaunes pour décrire
les personnages, l'annuaire du téléphone pour leur donner des noms...
On n'oubliera pas, toutefois de lui reprocher son antisémitisme avoué
mais on s'abstiendra de condamner, fidèle à la devise de Maigret :
"Comprendre et ne pas juger"... Jamais Simenon ne juge ses personnages,
en proie à la ténébreuse destinée humaine.
"J'ai toujours été curieux de l'homme et de la différence
entre l'homme habillé et l'homme nu. L'homme tel qu'il est lui-même,
et l'homme tel qu'il se montre en public, et même tel qu'il se regarde dans
la glace. Tous mes romans, toute ma vie n'ont été qu'une recherche
de l'homme nu". La quête de "l'homme nu" dont l'écrivain
a si souvent parlé correspond à la description de l'homme moderne
en rupture avec lui-même, avec son milieu, avec l'univers, un homme hanté
par le vide et ballotté par le monde sans savoir où il le mène.
Car personne mieux que Simenon n'a senti la France profonde de l'entre-deux-guerres,
personne n'a mieux traduit les bouleversements provoqués par l'essor de
la société marchande : l'émergence de la classe moyenne
sur l'échiquier socioculturel, la destruction des espaces de référence
traditionnels, l'éclosion de la culture de masse, la déshumanisation
des rapports sociaux, le déracinement du citadin victime de l'exode rural.
Toute son uvre pose les jalons d'une représentation
minutieuse des effets de cette situation sur des êtres en rupture, des bouleversements
d'un monde qui a sacrifié sa véritable nature au profit des utopies
modernistes. D'un côté, Simenon chérit l'univers des origines
"où chacun trouve sa place", la convivialité des "petites
gens" et l'innocence enfantine, de l'autre, il pourfend le progrès,
les artifices, la bourgeoisie. La philosophie de son personnage fétiche,
Maigret, repose d'ailleurs toute entière sur
cette vision de l'existence où la nature s'oppose à la culture,
ses faveurs se portant invariablement vers la première. Dès lors,
ses enquêtes peuvent se lire comme des allégories qui mettraient
en scène la lutte éternelle entre la tradition et le progrès,
et plus largement entre le bien et le mal. Ce qui fit dire à Max Jacob :
"Ce qui me plaît en vous, c'est "l'homme dans la foule",
cette manière unique de voir l'être dans la fourmilière humaine,
qui ne peut venir que d'un très grand esprit". Simenon a un génie
de l'intrigue et un sens de la psychologie qui lui ont permis de bâtir un
univers qui dépasse le seul genre policier. En bref, il existe un style
Simenon.
Il en est de même pour le choix des titres. À ses débuts,
au moment de publier ses premiers romans sous son patronyme, il doutait encore
de la pertinence de ses choix. En ce temps-là, il n'hésitait pas
à essayer un titre sur diverses personnes avant de le soumettre au directeur
commercial de Fayard. Ce fut le cas pour "L'affaire Saint-Fiacre", qu'il
avait d'abord intitulé "La messe à Saint-Fiacre" après
l'avoir testé auprès de quelques habitants du Cap d'Antibes où
il résidait alors. Ce fut également le cas pour "L'escalier
de fer". C'est autour de ce titre que Simenon a construit l'histoire Etienne
Lomel, un voyageur de commerce rongé par la suspicion qu'il nourrit à
l'endroit de sa femme. De même que dans certaines boutiques parisiennes,
l'escalier de fer relie la papéterie dont elle a hérité à
sa chambre à coucher. Par ce canal, du premier étage il entend ce
qui se dit au rez-de-chaussée.
Voici quelques exemples (titre initial puis titre définitif) :
- Les voisins --> Le déménagement
- Quai 17 --> Le passager du "Polarlys"
- Les portes --> La porte
- Le pavillon de Ville-d'Avray --> Novembre
- L'éléphant blanc --> Le blanc à lunettes
- Le docteur dans l'île --> Le cercle des Mahé
- L'indicateur --> L'Outlaw
- La cause de tout --> L'horloger d'Everton
- Un petit voyou --> Cour d'assises
- La rue des Vieilles-Dames --> La jument perdue
- M. Host --> La neige était sale
- Au bout de la ville --> Chez Krull
- Monsieur Cadavre --> L'inspecteur Cadavre
- Le soir du gros noyer --> Le rapport du gendarme
- La gare --> La train
Soit le titre sonne mal, soit il se prononce difficilement, soit il est déjà
pris. Simenon renonça à intituler Petit Louis son roman Cour d'assises
après que Gallimard lui eut fait remarquer qu'il avait déjà
un Petit-Louis dans son catalogue, sous la signature d'Eugène Dabit. De
même, il abandonna son projet initial d'intituler Cargo son roman Long cours,
Paluel Marmont ayant publié son propre Cargo dix-huit mois auparavant.
Mais rien ni personne ne lui fit abandonner Au bout du rouleau. Tant pis pour
la NRF et Joseph Conrad. Il est vrai que cela se passait en 1947. Il était
parvenu à un stade où il pouvait, enfin, tout se permettre. S'il
s'était tenu au courant de l'actualité littéraire, il aurait
eu moins de déconvenues dans le choix de ses titres. Mais comment pouvait-il
savoir que Titayna avait "réservé" Les ratés de
l'aventure ? Gaston Gallimard, lui, le savait. Il le lui fit remplacer in
extremis par La mauvaise étoile. Il est même arrivé que le
titre change à son insu. Par la faute d'un linotypiste étourdi,
Maigret et l'inspecteur malgracieux devint Maigret et l'inspecteur malchanceux.
Simenon, fort irrité, obtint qu'il fût corrigé dès
la réédition, à la grande joie des amateurs d'éditions
rares.
Simenon associe ses trois femmes à trois tranches de vie, à trois
formes d'amour différentes. Il se fiance à dix-sept ans avec Régine,
"c'est le premier amour de jeunesse sur lequel un jeune homme reporte
tous ses rêves". Ils seront mariés pendant vingt ans. Par
la suite, il rencontre à New-York une canadienne, Denise. Cette deuxième
union, passionnée, maladive - il considère la passion comme
une maladie - lui donne trois enfants mais l'entraîne au bord du suicide.
Teresa l'aide à sortir de cette période dramatique. Avec elle, il
rencontre ce qu'il appelle "le véritable amour, fondé sur
l'intégration de deux êtres".
"L'union la plus grande possible que l'on peut avoir entre deux êtres,
c'est faire l'amour. Ce n'est pas avec des mots que l'on communique. On communique
très mal avec des mots. Les mots peuvent servir à tout. J'avais
faim de la femme et de toutes les femmes. Et c'est malheureux car il y a des quantités
de femmes que je ne connaîtrai pas".
Ses ouvrages autobiographiques, comme "Je me
souviens" (1945) ou "Pedigree"
(1948), ont évoqué l'atmosphère de pauvreté digne,
de tristesse pluvieuse et de catholicisme dévot qui a baigné son
enfance.
Malgré son décès le 4 Septembre 1989, la marque de son uvre
demeure, comme l'a exprimé on ne peut mieux ce commentaire de l'Élysée :
"Les livres de Georges Simenon resteront les compagnons de générations
de lecteurs de tous les continents. Au confluent lui-même de plusieurs cultures,
Georges Simenon nous laisse une uvre qui est devenue patrimoine collectif
de l'humanité".
Rien apparemment de plus dissemblable que les uvres de Federico
Fellini et de Georges Simenon, rien apparemment de plus opposé que
ces deux hommes, et pourtant une correspondance de 20 ans les lient. En fait,
Simenon est allé très peu au cinéma (et au théâtre)
dans sa vie, à cause, dit-il, de sa "crainte presque panique de
la foule". Neurovégétatif, angoissé, claustrophobe,
il ne supporte pas d'être enfermé dans une salle de spectacle.
Quand Gide proclame, en 1937, que Georges Simenon, est
"un grand romancier, le plus grand sans doute et le plus vraiment romancier
que nous ayons en France aujourd'hui", il fait le choix de l'écart
extrême : entre l'homme de lettres dominant de sa réputation
le champ élitiste de la "haute littérature" et l'auteur
à succès de romans populaires. Gide, qui avait introduit en France
Dostoïevski et Conrad, l'amateur de littérature exigeante, le représentant
le plus accompli de la haute culture européenne, pourquoi diable se serait-il
intéressé à un fabricant de romans à quatre sous,
qui en écrivait jusqu'à six par an, selon une cadence défiant
tous les principes de la religion du rare et du stérile en honneur auprès
de l'intelligentsia ? Gide tient sous ses yeux un extraordinaire phénomène
naturel, un écrivain d'instinct, une bête à écrire
dont il admire certes l'originalité musicale : "Aucun épisode,
si fortuit qu'il puisse d'abord paraître, aucun dialogue, aucune description
de paysage même, qui ne joue son rôle et ne soit, ou ne devienne,
un élément indispensable à l'établissement de l'accord
(ou du désaccord) final." Mais l'intéresse davantage ce que
Simenon n'est pas encore, l'écrivain qu'il va devenir pour peu qu'on l'incite
à aller au bout de lui-même, à suivre le meilleur de sa pente.
C'est tout l'enjeu de la correspondance qu'échangent le père de
Nathanaël et celui de Maigret. Un jeu curieux de déséquilibres
compensés, d'affection, de réticence, de retenues suivies de grands
lâchés de confidences.
"Vous passez pour un auteur populaire, lui écrit Gide en 1938, et
vous ne vous adressez nullement au gros public. Les sujets mêmes de vos
livres, les menus problèmes psychologiques que vous soulevez, tout s'adresse
aux délicats".
"On a beaucoup insisté sur la médiocrité des personnages
de Simenon. Il est vrai qu'elle est effrayante. Mais ce que je remarque et qui
me touche, c'est le sentiment angoissant, atroce, qu'ils ont de cette médiocrité
où ils vivent ; c'est l'effort, parfois, qu'ils font pour en sortir ; effort
maladroit, absurde et qui, le plus souvent, les plonge plus avant encore dans
la gêne. » (André Gide, extrait d'un dossier inédit
consacré à Georges Simenon, rapporté par Valérie Cadet,
le Monde radio-télévision, 3 septembre 1995).
Gide lui parle comme d'une limite de sa constance à peindre des abouliques
et des faillis, et souhaite le voir aux prises avec d'autres héros que
des ratés, avec des caractères qui ne soient pas vaincus par le
milieu. Incompatibilité des deux univers romanesques.
Gide peint des êtres hypercultivés, dont le drame est d'être
hypercultivés, et qui tentent d'échapper à leur culture,
en voyageant, en s'évadant, de préférence vers l'Afrique
du Nord. Parcours classique du grand bourgeois, bridé et inhibé,
en quête de virginité sociale, de renouvellement par les aventures
exotiques et les sensations primitives. Simenon, fils du peuple, et qui en a bavé
pendant son enfance, peint des êtres dont le drame est d'être livrés,
sans les défenses que fournit la culture, à leurs passions élémentaires.
La fameuse disponibilité gidienne est un luxe de classe, inaccessible aux
petites gens qu'obnubilent les soucis de loyer et de fin de mois.
Sommet de la page
Les sites qui lui sont consacrés
Centre
d'Études Georges Simenon - Université de Liège :
Comporte une filmographie très complète ainsi que la bibliographie
la plus exhaustive qu'il m'a été donné de consulter (uvres
parues sous son nom ou sous un autre patronyme). Avec un site pareil, on s'aperçoit
qu'on ne connaît pas l'auteur. L'écrivain lui légua, en juin
1976, près de quatre-vingts caisses de livres, de manuscrits, de photos,
de coupures de presse, de traductions, de reportages et de cassettes enregistrées.
Gomgut
(l'un des nombreux pseudonymes de Georges Simenon) est un site perso de grande
qualité. À consulter en particulier pour sa liste des pseudos.
Sommet de la page
On a dit qu'Internet allait tuer la lecture. On avait dit de même pour
la télévision. Vous qui lisez cette page, vous savez qu'il n'en
est rien. Si vous aimez lire, que ce soit des romans ou des bandes dessinées,
0Faute vous propose une sélection de sites littéraires
ainsi qu'un choix de librairies où vous pourez
trouver les uvres qui étancheront votre soif de lecture.
Sommet de la page

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Dernière mise à jour de cette page le 13/12/2005.
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